Le chargé de cours à forfait Dany Baillargeon du DLC de la FLSH a lancé une discussion sur le réseau de l’UdeS sur LinkedIn ayant pour titre : La PMEisation des chercheurs vedettes : effet du seul mode de reconnaissance des professeurs? Il propose un lien vers un article du site économique L’Expansion (associé au magazine français L’Express) pour accompagner ce message. Voici l’intégral du message publié par Dany Baillargeon :
Marché noir de la publication; professeurs-auteurs fantômes; marchandisation du savoir : les écoles de gestion européennes portent le lourd exemple de la voie que prennent (doivent prendre?) les universités. S’il n’y a pas une diversification des indicateurs de reconnaissance des professeurs, il y a fort à parier que la PMEisation de la recherche continuera d’engendrer ces effets pervers. Espérons qu’ils demeureront des exceptions.
L’article de L’Expansion porte surtout sur ce phénomène dans les business schools, selon l’usage européen. Ces écoles sont en concurrence avec les facultés des universités, mais elles ont des moyens financiers et des échelles salariales plus élevés. On dépeint une réalité sombre, où de jeunes professeurs d’universités sont mal payés (voir le tableau comparatif dans l’article lié plus haut) et où ils font les frais d’un système où les récompenses ne vont pas nécessairement aux plus méritants.
L’article explique cette situation par les effets secondaires d’un système de reconnaissance malhabile, notamment sur l’aspect de l’évaluation orientée autour des « étoiles » accordées à la production de recherche. En effet, le CNRS classe les articles scientifiques selon leur « valeur » en leur accordant d’une à 5 étoiles en fonction de différents critères, et ces étoiles servent maintenant à évaluer professeurs, universités et écoles. Et l’argent suit les étoiles. La tendance est aux quotas : il faut récolter un nombre minimal d’étoiles par période donnée, sinon… Les décisions et actions sont donc maintenant motivées principalement par la « quête des étoiles » et on se livre une rude concurrence pour attirer les profs vedettes. En plus de cela, les universités et écoles de commerce offrent parfois des montants forfaitaires comme primes à la publication, qui font l’objet de tractation occultes et d’échanges de services entre les professeurs des institutions qui en accordent et ceux des institutions moins fortunées : le prof de l’école riche se voit offrir d’être co-auteur en retour d’une partie de sa prime, sans avoir contribué à l’article.
David “vend” de façon officieuse ses articles de recherche à une école de commerce parisienne qui s’en attribue la paternité. “J’accepte que figure comme coauteur un permanent de cette école, qui lit à peine le papier. Pour un article, je touche à peu près 2 000 euros. Cela me paie une semaine de vacances”, lâche David. Dans le jargon, ces professeurs ont un nom : on les appelle les “mercenaires” de la recherche. Des enseignants qui ont compris que certaines grandes écoles étaient prêtes à faire des entorses à la réalité pour inscrire à moindre coût leur sigle dans des revues cotées.
Le professeur senior bien en selle dans une école riche peut donc maintenir et augmenter son statut sans avoir une production scientifique propre qui le justifie réellement. Il peut marchander son statut et le maintenir par des artifices plutôt que par la recherche, sous la direction d’administrateurs complices qui font semblant de ne pas voir, question de conserver leurs vedettes et leurs étoiles.
Bref, là où il y a sous-financement (ou disparité importante de financement entre les institutions), les incitatifs économiques formels et informels pervertissent les actions des intervenants du système d’abord vers les considérations financières plutôt que vers l’accomplissement de leur mission.
Un passage obligé, ou un avertissement que nous devons entendre?
