Pédagogique Tendances sociétales

Un voyage dans le futur assis confortablement en salle de classe

Dans le cadre du dernier Mois de la pédagogie universitaire organisé par le Service de soutien à la formation (SSF), j’ai participé à un atelier d’une journée intitulé : « Donner du sens à la pédagogie à l’ère de l’IA en IMAGINANT des futurs possibles grâce aux méthodes projectives ». Cet atelier était animé par Julien Pierre, professeur au département de communication, qui possède une expérience en pédagogie prospective.

Le prétexte de l’atelier était de réfléchir à la place de l’IA en formation universitaire en se projetant dans le futur, voire dans les futurs possibles. Il s’agissait aussi d’entrevoir leurs conséquences pour la situation actuelle. Pour ma part, je souhaitais surtout expérimenter l’approche prospective tout en sachant que les deux périodes consenties d’environ trois heures ne pouvaient suffire à elles seules à nous faire vivre une « réelle prospective ».

Cela étant dit, malgré les quelques compromis, l’expérience était suffisante pour me donner une idée du potentiel de cette approche. Par exemple,

  • Pour le soutien pédagogique, la possibilité d’aider des équipes à créer un nouveau programme en réfléchissant aux enjeux qui seront vécus dans 25 ans par les personnes professionnelles d’un domaine.
  • D’un point de vue enseignant, la perspective de concevoir des activités pédagogiques convoquant l’imaginaire des personnes étudiantes, les forçant à sortir de la pensée dominante de leur domaine, de leur discipline, voire de l’époque, et de réfléchir les enjeux de leur temps à partir du futur.

Pourquoi une activité prospective ?

À la base, l’approche prospective provient du champ industriel avec l’objectif de permettre aux acteurs de ces secteurs de repérer dans l’activité économique des signaux faibles permettant d’identifier des axes de développement porteurs d’avenir. C’est donc, au départ, un outil d’aide à la prise de décision.

Si nous le ramenons à son utilité pédagogique, j’en comprends que l’approche prospective permet de mobiliser les imaginaires des personnes impliquées et donc de donner une place importante, en salle de classe, à l’imagination et à la créativité. Elle permet aussi de développer la capacité des personnes à se projeter dans un horizon d’environ vingt-cinq ans et d’établir un lien entre leurs actions présentes et les futurs possibles. En cela, elle aide à réfléchir différemment un phénomène actuel et permet d’expérimenter comment différentes conceptions du futur génèrent différentes conséquences dans le présent. Nous pouvons ainsi dire que l’approche prospective aide à adopter une posture critique face aux futurs potentiels, c’est-à-dire de développer chez les personnes une responsabilisation face à l’avenir et une réflexion sur les liens entre ses choix présents et certains futurs. La logique étant qu’en se projetant vers l’avenir, il est possible de revenir ensuite au présent pour ajuster et orienter nos actions.

Trois outils tirés des méthodes prospectives

Au départ, Julien a présenté un outil intitulé le « Cône du futur ». Cet outil, présent à la figure 1, permet de visualiser et de conceptualiser la relation entre le niveau « macro » compris comme le futur et, celui du « micro », représentant les actions présentes. Surtout, le cône permet de visualiser les cibles potentielles qui découlent des actions présentes : futur impossible, futurs possibles, futurs plausibles et futur dominant.

Figure 1. Le cône des futurs (inspirés de Vörös (2017))

Concrètement, dans un atelier, il s’agit de situer les futurs possibles en fonction d’un collectif de personnes et d’un territoire spécifique. Ce faisant, d’autres personnes auraient d’autres imaginaires et donc participeraient à la création d’autres futurs.

L’atelier a permis d’explorer trois outils. J’en fais ici une brève présentation :

1. Produire un tableau d’analyse morphologique (TAM)

Le tableau d’analyse morphologique a un nom qui fait un peu peur. Sa fonction est toutefois simple à comprendre. Il sert d’outil pour définir collectivement des futurs possibles. Nous retrouvons dans ce tableau, comme le présente la figure 2, au niveau horizontal des dimensions qui représentent des aspects du futur. Ensuite, des colonnes correspondent à des variations possibles de ces dimensions : redoutable, contraint, mitigé et désirable. Ainsi, en précisant le contenu de chacune des cases, nous construisons des « morceaux » d’un scénario possible.

Figure 2. Exemple de TAM tiré de l’atelier.

2. Récits de design fiction

Par la suite, il est possible de sélectionner différentes cases de ce tableau afin de se construire un scénario d’un futur possible. À partir de ce scénario, ainsi que d’autres outils et stratégies, l’objectif est d’élaborer des récits autour des futurs possibles.

3. Rétroprojection (backcasting)

Cet outil n’a pas été expérimenté lors de l’atelier. Il correspond à l’étape stratégique de l’exercice de projection où il est possible de prendre des décisions au regard des fictions et des scénarios explorés.

En conclusion, bien qu’il soit facile de saisir l’apport de la prospective en classe, je dirais que son plein déploiement semble exiger une appropriation des différentes étapes. Chose certaine, il s’agit d’une approche susceptible d’inspirer des activités pédagogiques.  De telles activités permettraient, peu importe le domaine, d’explorer le futur et d’amener les personnes étudiantes à voir plus loin que la matière enseignée.

Référence: Voros, J. (2017). Big History and anticipation: Using Big History as a framework for global foresight. Dans R. Poli (dir.), Handbook of anticipation: Theoretical and applied aspects of the use of future in decision making (p. 1-40). Springer.

 

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Simon Bolduc

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