C’est le constat de l’enquête récemment publiée par le Digital Education Council. Neuf personnes étudiantes sur dix utilisent désormais l’intelligence artificielle dans leurs études et plus de trois personnes enseignantes sur quatre dans leur enseignement, mais seule une minorité y voit un gain réel pour l’apprentissage.
L’étude, présentée comme l’un des plus larges panoramas sur le sujet, repose sur 45 398 réponses (27 284 de la population étudiante et 18 114 du corps enseignant) de 35 pays, répartis entre l’Asie-Pacifique, la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique, les États-Unis et le Canada, et l’Amérique latine.
Adoption massive, mais valeur pédagogique perçue limitée
Selon les résultats de l’enquête, 88 % des personnes étudiantes et 77 % des personnes enseignantes répondantes utilisent l’IA, ce dernier chiffre ayant augmenté de 16 points par rapport à l’enquête de 2025.
Malgré ce taux, à peine 13 % des personnes étudiantes qualifient l’influence de l’IA de « déterminante » sur leur expérience d’étude. Seules 15 % affirment la voir intégrée dans un grand nombre de leurs cours, tandis que 43 % n’en ont vécu aucune intégration. Parmi celles et ceux qui en ont l’expérience en classe, 24 % estiment que l’IA relève surtout de la nouveauté, sans bénéfice d’apprentissage clair. Cette proportion grimpe à 42 % aux États-Unis et au Canada.
Les usages déclarés semblent demeurer périphériques. Du côté des personnes étudiantes : recherche d’information (58 %), remue-méninges (54 %) et révision d’un écrit (49 %). Du côté des personnes enseignantes : création de matériel pédagogique (77 %) et tâches administratives (47 %).
Base : personnes étudiantes ayant répondu « l’IA est intégrée dans plusieurs cours » ou « dans quelques cours seulement » (n = 6 190). Note. Adapté de AI in higher education global survey 2026 (p. 13), par Digital Education Council, 2026.
Des signaux d’érosion des compétences
L’inquiétude semble faire consensus. En effet, deux tiers des personnes étudiantes (66 %) redoutent que l’IA rende l’apprentissage trop superficiel et décourage l’esprit critique (81 % aux États-Unis et au Canada).
De leur côté, 73 % des personnes enseignantes estiment que l’utilisation de l’IA pourrait nuire au développement des compétences des personnes étudiantes (80 % aux États-Unis et au Canada)..
Note. Adapté de AI in higher education global survey 2026 (p. 12), par Digital Education Council, 2026.
Les personnes étudiantes rapportent aussi des signes de dépendance : 21 % déclarent peiner désormais à résoudre un problème sans IA, 20 % s’en remettent à elle pour produire un meilleur travail, tandis que 19 % affirment retenir moins l’information.
La confiance entre pairs semble s’effriter également. En effet, 60 % des personnes étudiantes craignent que leurs camarades n’en fassent un usage déloyal. Cette proportion atteint 73 % aux États-Unis et au Canada.
L’évaluation, principal point de friction
Sept personnes étudiantes sur dix (72 %) jugent que leurs évaluations ne reflètent pas les compétences attendues dans un marché de l’emploi transformé par l’IA.
Pour leur part, 71 % des personnes enseignantes affirment avoir repensé leurs évaluations, ou être en train de le faire, pour les rendre plus résilientes à l’IA. Seules 17 % se sont plutôt consacrées à clarifier une politique d’usage sans modifier les évaluations, et 12 % n’ont rien entrepris.
Plus d’inquiétude que d’optimisme aux États-Unis et au Canada
Aux États-Unis et au Canada, l’intention des personnes enseignantes d’éventuellement recourir à l’IA a reculé de neuf points en un an, à 67 %, contre 89 % à 94 % ailleurs. Plus de la moitié des personnes étudiantes de ces pays (55 %) ne seraient pas déçues par une interdiction de l’IA dans leur établissement. Aucune autre région de l’enquête ne présente ce profil.
Paradoxalement, la région qui semble la plus réticente à l’IA est aussi celle où la population étudiante se sent la moins bien outillée. À peine 12 % y estiment que leurs études les préparent à un usage professionnel de l’IA, contre 23 % à l’échelle mondiale.
Une gouvernance peu opérante
Enfin, 64 % des personnes enseignantes jugent que les directives de leur établissement ne sont pas praticables, alors que seules 11 % sont pleinement convaincues qu’elles le sont.
La voix étudiante ne semble pas avoir progressé et, tout comme en 2024, seules 34 % des personnes étudiantes estiment que leur établissement sollicite activement leur avis sur l’IA.
Source : Digital Education Council. (2026). AI in higher education global survey 2026 (PDF, 84 p).

