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Les systèmes d’IA progressent plus vite que notre capacité à les évaluer et à les encadrer, prévient le premier rapport scientifique de l’ONU

Le Groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle, créé en 2025 par l’assemblée générale des Nations unies et réunissant 40 experts indépendants, a rendu public son rapport préliminaire. Fondé sur les données probantes et explicitement non prescriptif, le document se veut une base factuelle pour éclairer les décisions des États. Son fil conducteur : les capacités de l’IA progressent plus vite que notre aptitude à les mesurer, à les comprendre et à les gouverner. Les auteurs reconnaissent que les bénéfices des systèmes d’IA sont réels, mais conditionnels, et pointent des angles morts qui touchent, entre autres, l’enseignement et la recherche.

Les constats s’appuient sur des repères concrets. Plus d’un milliard de personnes utilisent chaque semaine un outil d’IA conversationnelle, et les résultats des systèmes aux examens standardisés qui servent à mesurer leurs progrès ont bondi. Sur une batterie de questions scientifiques de niveau doctorat (GPQA Diamond), les meilleurs modèles sont passés d’environ un tiers de bonnes réponses en 2023 à près de 95 % aujourd’hui.

En éducation, la préparation du personnel enseignant fait la différence

Selon le rapport, les bénéfices de l’IA en éducation dépendent moins de l’outil que de la façon dont on l’utilise. La disponibilité technique ne suffit pas, c’est la préparation des personnes enseignantes qui fait la différence.

Le document cite à l’appui une étude sur le risque d’« illusion de compétence ». Dans le cadre de cette étude, des élèves de secondaire utilisant une IA conversationnelle sans garde-fous ont amélioré leurs résultats immédiats, mais obtenu de moins bons résultats aux évaluations ultérieures. Elles avaient appris à réussir l’exercice, pas la matière. À l’inverse, un tutorat encadré, fondé sur des indices et un raisonnement par étapes, a produit des gains supérieurs et durables (Bastani et al., 2025).

Fiabilité, esprit critique et santé mentale

Le rapport pointe aussi une asymétrie fondamentale des modèles de langage. Il est plus facile de générer un texte fluide qu’un texte exact. Or la fluidité, souvent perçue comme un gage de fiabilité, n’en est pas un. Autrement dit, la capacité n’est pas la validité. Ce décalage importe d’autant plus qu’une conversation sur quatre avec un agent conversationnel porterait déjà sur la santé, domaine où l’erreur peut coûter cher.

Un autre risque documenté concerne la flagornerie des systèmes. Cette tendance à valider les convictions de la personne utilisatrice pour prolonger l’échange est désormais reconnue comme un risque de sécurité aux conséquences avérées, y compris des atteintes à la santé mentale. Des termes cliniques comme « psychose liée à l’IA » émergent, et l’usage des IA compagnons (AI companions) dépasse largement les données scientifiques et les cadres réglementaires.

Information, démocratie et bascule agentique

À plus grande échelle, le rapport craint que l’IA ne fragilise notre « réalité commune ». Lorsque chacun peut fabriquer une vidéo truquée convaincante, simuler un faux consensus ou adresser à sa cible des arguments personnalisés, il devient plus difficile de s’entendre sur ce qui est vrai. D’ailleurs, le simple calibrage d’un modèle peut accroître fortement sa force de persuasion, indépendamment de l’exactitude des propos.

Le rapport identifie enfin une transformation plus profonde apportée par l’intelligence artificielle dite « agentique », capable d’agir de manière autonome. Ils reconnaissent des bénéfices réels (ex., accélération de la découverte scientifique, traitement de volumes documentaires considérables, etc.). Toutefois, l’autonomie de ces systèmes complique leur évaluation et leur supervision. Ils concluent qu’une même capacité peut aussi bien servir à corriger une vulnérabilité informatique qu’à l’exploiter.

Fossé mondial et dilemme de gouvernance

Selon les experts, le « fossé de l’IA » ne se limite pas à une question d’accès, il touche aussi la capacité à développer, inspecter et adapter les systèmes. Plus de 7 000 langues sont parlées dans le monde, mais l’IA n’en reflète qu’une fraction, ce qui marginalise une large part de l’humanité.

Ce que l’on peut en retenir

Le message central est nuancé plutôt qu’alarmiste. Les bénéfices de l’IA sont réels, mais conditionnels. Pour les établissements universitaires, cela plaide pour des politiques d’usage claires, une littératie de l’IA qui dépasse la technique, la formation des équipes enseignantes et professionnelles, et des usages qui soutiennent, sans remplacer, le jugement humain. Ce rapport, qui est préliminaire, sera enrichi de notes thématiques tout au long de l’année.

Pour lire le rapport : Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle. (2026). Rapport préliminaire du Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle : évaluation des possibilités, des risques et des répercussions de l’intelligence artificielle fondée sur des données probantes. Nations Unies. https://www.un.org/independent-international-scientific-panel-ai/en/preliminary-report

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Alexandra Lez

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