Un matin de février, alors que s’ouvrait le Mois de la pédagogie universitaire 2026, le vice-rectorat aux études et à la vie étudiante (VREVE) et le Service de soutien à la formation (SSF) conviait le personnel enseignant, nouvellement en poste ou plus aguerri, à réfléchir à ce geste pédagogique aussi fréquent que délicat. Une question flottait dans l’air : comment donner une rétroaction qui fasse vraiment avancer ?
Sous le thème La rétroaction sous l’angle du dialogue, l’activité du 3 février dernier a proposé une table ronde pour vivre un léger déplacement de regard. Cette fois, ce n’était pas les personnes enseignantes qui parlaient de leurs pratiques, mais bien des personnes étudiantes qui racontaient comment elles vivent la rétroaction au quotidien dans leur parcours d’étude. Animée par ma collègue Gabrielle Léonard-Benoît, cette discussion a donné lieu à des échanges francs, parfois nuancés, toujours éclairants.
Donner du sens avant tout
D’abord, un mot revenait souvent : le sens. Pour les panélistes étudiants, la rétroaction n’est jamais neutre. Elle gagne à être située, expliquée, annoncée dès le départ par la personne enseignante. Pourquoi donne-t-on cette rétroaction ? À quoi doit-elle servir ? Sans ce contexte, la rétroaction risque de rester une lettre morte. Lorsqu’on prend le temps de nommer ses intentions, un climat d’ouverture s’installe, et le dialogue devient possible.
Miser sur la continuité
Puis, il y a eu la question du rythme. Les personnes étudiantes ont dit apprécier une rétroaction bidirectionnelle qui se fait en continu, tout au long de la session. Pas seulement au moment des évaluations finales, mais aussi dans les détours, les hésitations, les zones grises. Elles ont toutefois soulevé un écueil bien connu, soit la fameuse question « Est-ce que c’est clair ? » posée dix mille fois par les personnes enseignantes. Une question fermée (oui ou non) à laquelle on répond souvent oui, parfois par réflexe, parfois par illusion de compréhension (oui, oui, parce que parfois on pense bien comprendre!). Les panélistes ont plutôt invité les personnes enseignantes à poser des questions ouvertes, celles qui permettent de nommer les incompréhensions avant qu’elles ne s’installent.
Diversifier les modalités
La discussion a aussi mis en lumière l’importance de varier les façons de donner et de recevoir de la rétroaction. Tout le monde ne lève pas la main. Tout le monde ne s’exprime pas à l’oral. Tout le monde n’a pas le même type de personnalité ou les mêmes capacités quand on parle de rétroaction. À ce sujet, ma collègue Constance Denis nous invitait à entraîner les personnes étudiantes tant à donner qu’à recevoir de la rétroaction, puisqu’il ne s’agit pas d’une compétence innée. De ce fait, offrir des espaces écrits, anonymes ou créatifs permet de faire entendre des voix qui, autrement, resteraient en retrait.
Dissiper les craintes
Un autre thème, plus sensible, a émergé : celui de la relation de pouvoir. Pour certaines personnes étudiantes, offrir de la rétroaction à la personne enseignante est teinté par la crainte de l’évaluation. Les panélistes ont nommé cette tension issue de leur rencontre avec les deux personas d’une personne enseignante: la personne enseignante qui accompagne et la personne enseignante qui juge. Qui de ces deux personnages recevra la rétroaction? En ce sens, clarifier les rôles, les moments et les attentes peut aider à apaiser cette tension, tant du côté étudiant que du côté enseignant (pensons au malaise du retour en classe après la première notation!) La rétroaction par les pairs a été nommée par les panélistes comme un espace souvent plus sécurisant, moins chargé, mais tout aussi formateur. Selon moi, il s’agit d’un type de rétroaction nettement sous-utilisé en milieu universitaire et qui gagne à être découvert!
Les pieds sur terre
Enfin, il y a eu un dernier appel des personnes étudiantes : ramener la rétroaction dans le concret. Elles ont dit mieux recevoir les commentaires lorsqu’ils sont ancrés dans des tâches authentiques, en lien avec leur future réalité professionnelle. De même, elles préfèrent grandement recevoir des commentaires avec des explications sur l’impact d’une aptitude, attitude ou connaissance sur leur futur professionnel.
Au fil de la discussion, une image s’est imposée pour moi : celle d’une balade en tandem dans les paysages “côteux” de Sherbrooke. La rétroaction, pour les panélistes, n’est pas une sentence, mais une activité partagée. Il faut donc pédaler ensemble, ajuster l’allure, garder l’équilibre… et viser le sommet, même quand la côte de la rue King se dresse devant nous, menaçante et décourageante.
