De quelle manière l’interaction avec les IAg modifie-t-elle le rôle de la personne enseignante ? Cet article (Brouwer et al., 2025) tiré du Medical Education explore la question, en particulier pour les enseignantes et et enseignants cliniciens.
L’article avance que l’utilisation des outils d’IAg dans un cadre éducatif a favorisé jusqu’ici un autoapprentissage qui répond à des besoins de flexibilité et de personnalisation de l’apprentissage. Cet argument est souvent avancé comme point positif pour l’utilisation des IAg en éducation, surtout dans un cadre de personnalisation, permettant plus d’équité et de l’inclusion (UNESCO, 2023).
« L’éducation médicale doit évoluer au-delà de l’apprentissage basé sur la transmission de connaissance. » (traduction libre)
La littérature en sciences de la santé promeut un apprentissage basé sur les interactions sociales et l’interdisciplinarité plutôt que sur l’apprentissage individuel. L’utilisation actuelle des IA vient donc à l’encontre de cette vision en diminuant les moments d’interaction sociale. L’IA devient alors un tiers dans la relation pédagogique.
Par son double rôle, l’enseignante clinicienne ou l’enseignant clinicien est à même de faire de la médiation entre la personne étudiante et l’IA au moyen de la cocréation de savoir basé sur le dialogue à travers le vécu et l’expérience. Elle ou il est par ailleurs dans une position importante pour promouvoir une posture critique dans l’adoption des outils d’IAg.
Les auteurs proposent des actions pour tirer parti de ce rôle privilégié :
- Prendre le temps de discuter de l’utilisation de l’IAg. Par exemple, en créant des devoirs où les personnes étudiantes doivent comparer les extrants de l’IAg avec des sources revues par les pairs.
- Développer de la tolérance à l’incertitude. En proposant, par exemple, des cas cliniques complexes à une IAg et en lui demandant de générer différents diagnostics, puis centrer la discussion sur un seuil d’incertitude qui nous permet tout de même d’agir.
Divers auteurs ont également exploré d’autres stratégies à utiliser dans un contexte de supervision clinique pour venir faire de la médiation dans un contexte d’utilisation des IAg.
Bien que cet article traite du rôle des enseignantes et enseignants cliniciens relativement aux IAg, il traduit cependant une réalité qui transcende les sciences de la santé. Selon moi, la position des personnes enseignantes cliniciennes est également celle de toutes les personnes superviseures en contexte de milieu professionnel. Avec le développement des « IA schools » (Buller, 2025), et l’utilisation croissante des IAg dans un contexte éducatif, certains ont annoncé un avenir incertain pour les universités (Quiroz-Gutierrez, 2025). Cet article met le doigt sur l’une des caractéristiques qui en constituent la plus-value: l’apprentissage social.
Sources:
Abdulnour, R.-E. E., Gin, B., & Boscardin, C. K. (2025). Educational Strategies for Clinical Supervision of Artificial Intelligence Use. New England Journal of Medicine, 393(8), 786‑797. https://doi.org/10.1056/NEJMra2503232
Brouwer, H. J., Barry, M., & de Groot, E. (2025). The dual-role clinician teacher : A human bridge for socially responsible AI use. Medical Education, 59(12), 1266‑1268. https://doi.org/10.1111/medu.70035
Buller, R. (2025, octobre 18). Inside San Francisco’s new AI school : Is this the future of US education? The Guardian. https://www.theguardian.com/technology/2025/oct/18/san-francisco-ai-alpha-school-tech
Quiroz-Gutierrez, M. (s. d.). Stanford dropout Sam Altman says college is « not working great » for most people—And predicts major change in the next 18 years. Fortune. Consulté 20 janvier 2026, à l’adresse https://fortune.com/2025/07/24/sam-altman-college-not-working-great-stanford-dropout/
UNESCO (s.d.), Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle—UNESCO Bibliothèque Numérique. Consulté 20 janvier 2026, à l’adresse https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000381137_fre

