Pendant qu’une personne enseignante explique des concepts complexes en visioconférence, combien d’étudiantes et étudiants consultent simultanément leurs comptes Instagram, répondent à des textos ou naviguent sur d’autres sites web ? Cette réalité, devenue courante depuis la généralisation des cours en ligne, illustre parfaitement les dangers du multitâche numérique dénoncés par les experts.
« Notre cerveau n’est pas comme un ordinateur. Il ne peut pas faire trois choses en même temps », affirme la neuropsychologue Isabelle Rouleau, professeure au Département de psychologie de l’UQAM, dans un récent article de La Presse sur l’importance de retrouver l’art du monotâche. Un constat qui résonne particulièrement dans les salles de classe virtuelles, où les étudiantes et étudiants croient pouvoir jongler entre le cours et leurs multiples écrans.
Pourtant, les conséquences de cette fragmentation de l’attention sont lourdes. Contrairement à l’impression de productivité que procure le multitâche, la recherche démontre l’inverse : chaque changement de tâche entraîne un coût en temps. Selon les travaux de la chercheuse américaine Gloria Mark, il faut en moyenne 23 minutes et 15 secondes pour se réengager pleinement dans une activité après une distraction. Pour une étudiante ou un étudiant qui alterne constamment entre son cours et ses notifications, impossible donc d’atteindre la concentration nécessaire à l’apprentissage en profondeur.
Les personnes enseignantes en témoignent : les étudiantes et étudiants posent des questions sur des sujets fraîchement expliqués, démontrant qu’ils n’étaient pas pleinement présents mentalement. « Notre faculté à aller en profondeur en pâtit énormément », souligne Isabelle Rouleau dans l’article. Nos réflexions restent en surface si nous ne nous consacrons pas totalement à une tâche, un phénomène particulièrement problématique pour la compréhension de concepts universitaires complexes.
L’environnement des cours en ligne amplifie cette problématique. Contrairement à la classe physique où les distractions sont limitées, les étudiantes et étudiants à domicile se trouvent entourés de tentations numériques. « Les distractions n’ont jamais été aussi grandes avec l’omniprésence du téléphone cellulaire dans nos vies », observe l’orthophoniste Marie-Philippe Rodrigue. Cette constante stimulation entraîne même une surcharge du système nerveux sympathique, celui qui s’active en période de stress.
Le multitâche augmente également le risque d’erreurs et nuit à la mémorisation à long terme. Les notes des étudiantes et étudiants qui s’y adonnent pendant les cours sont généralement inférieures à celles de leurs pairs concentrés. Plus préoccupante encore, cette habitude érode progressivement notre capacité d’attention soutenue. « Lire un roman, je trouve ça plus difficile qu’il y a 10 ans », confie Isabelle Rouleau, qui reconnaît avoir elle-même « plus de difficulté à inhiber la propension à faire plein d’affaires ».
Pour contrer cette tendance, les experts recommandent la technique Pomodoro : des périodes de concentration intense de 50 minutes suivies de pauses de 10 minutes. Isabelle Rouleau suggère cette méthode à ses doctorants. L’autre conseil crucial ? Éloigner physiquement les appareils électroniques. « Selon des recherches, si le téléphone ou l’ordinateur est présent dans notre environnement, on réussit moins bien des tests d’attention », explique Marie-Philippe Rodrigue.
Les universités sont ainsi appelées à sensibiliser leurs étudiantes et étudiants à cette réalité cognitive. Car réapprendre le monotâche n’est pas un retour en arrière, mais une nécessité pour préserver la qualité de l’apprentissage à l’ère numérique.
Référence: Dancause, F. (4 janvier 2026). Retrouver l’art du monotâche. La presse, Montréal.

