Dans son article « The Forgotten Desirable Difficulty – Reduced Feedback », publié sur le site de kirschner-ED, l’auteur met en lumière une « difficulté désirable » [voir les commentaires pour plus d’explications sur ce concept] encore peu intégrée dans nos pratiques : la réduction de la rétroaction. Si l’on parle plus fréquemment d’espacement, d’entrecroisement des tâches ou de pratiques de rappel, la modulation de la rétroaction demeure une avenue moins explorée dans nos pratiques pédagogiques universitaires.
La thèse centrale de cet article est particulièrement éclairante pour les personnes enseignantes : oui, une rétroaction immédiate, détaillée et constante améliore la performance à court terme, mais elle pourrait aussi freiner l’apprentissage durable. En recevant rapidement la correction, les étudiantes et étudiants pourraient s’appuyer davantage sur la validation externe que sur leurs propres processus d’évaluation. Cette dynamique pourrait alors entretenir une illusion de maîtrise plutôt qu’un ancrage durable et transférable des savoirs.
À l’inverse, réduire la fréquence ou la précision de la rétroaction créerait ce que la littérature appelle une tension cognitive productive. Les personnes étudiantes doivent alors mobiliser leurs connaissances, expliciter leur raisonnement pour eux-mêmes, repérer leurs erreurs et ajuster leurs stratégies. Cette démarche favorise l’autorégulation et la consolidation à long terme.
Concrètement, cela pourrait signifier proposer des moments où la rétroaction n’est pas immédiatement corrective, mais davantage orientée vers des pistes de réflexion épistémique, c’est-à-dire des repères sur la nature ou la validité du raisonnement. Ainsi, on pourrait poser des questions comme…
- « Votre réponse est-elle cohérente avec le cadre théorique vu en cours ? » ;
- « Quelles hypothèses sous-tendent votre raisonnement ? » ;
- « Comment pourriez-vous vérifier la solidité de votre argument ? »
Ces invitations soutiennent le développement du jugement critique, plutôt qu’une simple dépendance à la correction.
Quelques questions réflexives pour notre pratique :
- Dans nos dispositifs d’évaluation, privilégions-nous la performance immédiate ou l’apprentissage durable ?
- Offrons-nous un espace suffisant pour que les étudiantes et étudiants s’autoévaluent avant d’intervenir ?
- Notre rétroaction favorise-t-elle l’autonomie cognitive ou entretient-elle une dépendance ?
- Comment introduire progressivement une réduction de la rétroaction tout en préservant le sentiment de soutien des étudiantes et étudiants ?
Référence : Kirschner-ED (2026). The Forgotten Desirable Difficulty — Reduced Feedback. 1er février 2026.


Je découvre le concept de « difficulté désirable » en lisant cette dépêche. Je connaissais quelques-unes de ces pratiques, mais pas le nom qu’on leur attribuait collectivement.
Quelques requêtes rapides à Copilot me permettent d’apprendre ceci:
– Le concept a d’abord été proposé par les psychologues Robert et Elizabeth Bjork en 1994.
– « Il désigne un type de difficulté volontairement intégré à l’apprentissage, qui rend la tâche un peu plus exigeante pour [la personne étudiante], mais qui améliore la mémorisation à long terme et la compréhension en profondeur. […] Les desirable difficulties sont des stratégies qui rendent l’apprentissage un peu moins confortable à court terme, mais beaucoup plus efficace à long terme. Elles reposent sur une idée simple : Quand le cerveau doit travailler juste un peu plus, il apprend beaucoup mieux. »
– Copilot me met en garde, en m’expliquant « Ce qu’une difficulté désirable n’est PAS:
>Ce n’est pas « rendre la matière plus dure pour rien ».
>Ce n’est pas mettre les personnes étudiantes en échec.
>Ce n’est pas ajouter des obstacles émotionnels ou administratifs.
>Ce n’est pas un défi tellement grand qu’il démotive.
Une difficulté devient indésirable si elle dépasse les capacités actuelles des personnes étudiantes ou si elle n’a pas de valeur pédagogique. »
– Enfin, j’apprends que Steve Bissonnette, Clermont Gauthier, Frédéric Guay au Québec et Jean-Luc Berthier en France appuieraient certains de leurs travaux sur cette idée.
Si cette idée de « rendre une tâche un peu plus exigeante » présente certainement un intérêt, il m’apparaît que, dans le monde universitaire, l’enjeu apparaît bien plus souvent comme la rareté des rétroactions…