Compétitive Pédagogique Point chaud / en émergence

Interne : La formation générale à l’université : un sujet d’actualité

Au Québec, un article d’Antoine Robitaille paru dans Le Devoir du 30 avril consacré à la baisse de la place réservée à la culture générale en éducation crée des remous sur la Toile. Il coïncide avec la parution de multiples articles ces dernières semaines abordant diverses facettes de la formation générale (Baccalaureate of Arts, Liberal arts, International Baccalaureate, Humanities…) et ce tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Des institutions d’enseignement supérieur s’intéressent à une formation plus générale un peu partout dans le monde; au Royaume-Uni, la préoccupation dépasse le cadre universitaire et l’ International Baccalaureate Diploma Programme met de l’avant sa valeur comme programme préparatoire aux études supérieures. En Australie, la confrontation entre le modèle de l’université Monash (axé sur une formation professionnalisante) et celui de Melbourne (axé sur la culture générale) a généré une discussion bien sentie entre les tenants des deux approches, comme en témoignent ces articles parus en avril et en mai dernier dans le quotidien australien The Age. Au Canada, le Globe and Mail évoque quant à lui le cas des « Art schools », maintenant autorisés à décerner des diplômes universitaires, où l’on remarque une tendance à vouloir proposer une formation plus généraliste et ce même pour des programmes aux visées très spécialisés.

On note par ailleurs que ces formations ont leur valeur, même sur le marché de l’emploi; ainsi, le Times Higher Education fait état d’une conférence où les hauts dirigeants de Google ont insisté sur l’intérêt pour la firme d’engager un détenteur de doctorat en « humanities » par opposition à une spécialité plus technique. Par contre, dès qu’il est question d’argent, la culture générale n’a pas que des supporters; dans le Globe and Mail, une chronique déplorant les restrictions d’accès à des programmes menant à des professions en demande alors que des programmes offrant peu de débouchés se trouvent largement financés a suscité bon nombre de réactions de part et d’autre.

Au-delà de la pertinence de tels programmes, des constats sur la baisse de qualité de ces formations se font entendre. Macleans on Campus et le Globe and Mail déplorent tous deux la baisse d’exigences pour la réussite d’un baccalauréat général (« BA »). Ils proposent quelques pistes pour corriger la situation, soulignant au passage que quelques universités canadiennes s’en sont fait une spécialité (Mount Allison, Quest University). Même l’Université Stanford annonce la mise sur pied d’un comité chargé d’étudier la formation de premier cycle qui met de l’avant des moyens concrets de favoriser l’acquisition d’une formation générale. À petite ou à grande échelle, la question suscite donc son lot de réflexions, qui risquent fort d’avoir un impact sur l’offre de formation de l’université de demain.

Sources:

Antoine Robitaille, « La culture générale, la grande oubliée? », Le Devoir, 30 avril 2011, p. B8
« The planitum standard », Times Higher Education, 12 mai 2011.
Sarah-Jane Collins, « Monash dean slams Melbourne University model », The Age, 29 avril 2011.
Sarah-Jane Collins, « Melbourne Uni defends degree shift», The Age, 4 mai 2011.
Kate Taylor, « A portrait of the art school’s vision for graduates : Thinkers as well as makers”, The Globe and Mail, 11 mai 2011.
Matthew Reisz, « Google leads search for humanities PhD graduates », Times Higher Education, 19 mai 2011.
Gwyn Morgan, « Wanted : clear thinking on educating the work force», The Globe and Mail, 8 mai 2011.
« In the digital age, the much-maligned, liberal-arts degree still has deep value», The Globe and Mail, 9 mai 2011.
Todd Pettigrew, « How to fix the BA», Macleans on Campus, 11 mai 2011.
James Bradshaw, « When a university degree just isn’t enough», The Globe and Mail, 9 mai 2011.
Kathleen J. Sullivan, « Task force on undergraduate education gives an update to the Faculty Senate », Stanford University News, 13 mai 2011.

Déboulonnage de 5 mythes à propos de l’ère de l’information
Interne : Le CEFES de l'UdeM offre un parcours d'autoformation en ligne pour les enseignants universitaires
+ posts

À propos de l'auteur

Catherine Vallières

3 Commentaires

  • Cette semaine se tient le Congrès des sciences humaines 2011 à Fredericton. À propos de la pertinence de la formation généraliste, un article rapporte les propos de Kwame Anthony Appiah, un professeur de philosophie de l’université Princeton, qui souligne à quel point la formation généraliste est importante pour faire le tri et repérer l’information pertinente parmi la masse d’information produites chaque jour.

    Polly Leger, « Study in humanities crucial in digital age”, Telegraph-Journal, 30 mai 2011.
    http://telegraphjournal.canadaeast.com/search/article/1410689

  • Un des problèmes du courant de la formation générale est qu’il est loin d’être homogène. On ne parle pas toujours de la même chose, comme le soulignait justement l’article du Devoir. Au Québec, la nostalgie du cours classique est bien présente chez une certaine génération. Plusieurs auteurs en sciences cognitives sont très critiques de certains courant de formation généraliste, argumentant notamment que la construction de l’expertise est nécessairement disciplinaire et tributaire de longues heures de pratique. Je crois que certaines versions du courant généraliste sont compatibles avec une vision cognitive de l’apprentissage. Mais elles ne sont pas toutes assez précises pour pouvoir en juger.

    • Très juste; tu mets le doigt sur une faiblesse du billet, soit le fait qu’il amalgame toutes sortes de formules… Que personne, du reste, ne juge bon de définir. Les « humanities » (sciences humaines), les « Liberal Arts » (qui m’apparaissent bien personnellement comme étant des sciences humaines enrichies), les programmes pluridisciplinaires, ceux d’inspiration « classique »…. En fait, j’ai l’impression qu’à bien des égards, ces formations se définissent en fonction de ce qu’elles ne sont pas, c’est-à-dire des formations pratiques, professionnalisantes, qui développent des compétences hautement (trop?) contextualisées. Pour être moi-même issue de cette filière, j’aurais aimé que ces programmes soient développés de façon intégrée, avec en tête le réel développement des habiletés de haut niveau que ses défenseurs mettent de l’avant, plutôt que de prendre la forme d’une juxtaposition de cours destinés à ouvrir mes horizons. Or, rien dans ce que j’ai lu à propos de ce retour de la formation généraliste ne pointe vers le développement de programmes réellement élaborés autour de ces visées. C’est bien dommage.

Laisser un commentaire