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Interne : Les salles d’apprentissage actif à McGill, Dawson et Champlain

Nous avons déjà écrit sur les salles d’apprentissage actif. Voir notamment cet article du bulletin Perspectives SSF et ces quelques billets de L’éveilleur (liste non-exhaustive) :

J’ai participé le 19 juin 2012 à une visite guidée de 7 salles d’apprentissage actif dans 3 établissements différents : Université McGill, Champlain College St-Lambert et Dawson College. On les nomme souvent salles d’apprentissage actif, mais ce sont des salles organisées pour l’apprentissage actif ET collaboratif. Voici mon rapport d’étonnement.

Premier constat : diversité des salles.  Les salles sont très différentes les unes des autres à de nombreux points de vue : architecture, nombre de places, configuration de l’espace, mobilier (forme, taille, mobile vs fixe, etc), taille des équipes, technologies présentes, etc. Une quasi-constante est que le podium du professeur est en plein centre de la classe, de sorte qu’il n’y a ni avant ni arrière de classe. Mais ça n’est quand même pas l’ensemble des salles qui sont ainsi faites : on voit des approches mitoyennes.

La différence n’est pas qu’entre les institutions, mais au sein même des institutions. Les 10 salles existantes et projetées de McGill sont toutes différentes les unes des autres. Idem pour les salles visitées à Dawson College et à Champlain College St-Lambert.

La raison principale est que bien que les salles soient toutes conçues avec une même philosophie, elles servent des besoins et des contextes différents. Chaque configuration favorise certains types d’interaction au détriment de d’autres types et se prête à des tailles d’équipes différentes.

La pédagogie et la didactique spécifiques que l’on prévoit mettre en oeuvre dans ces salles sont donc fondamentales pour faire les bons choix de conception. Bref, on ne peut pas prendre le modèle de telle université et le reproduire sans se poser de questions : il faut créer sa propre salle selon ses propres besoins, ou prévoir une salle flexible.

Une raison secondaire qui explique les différences entre les salles d’une même institution est que celles-ci apprennent de leurs expériences et améliorent leur conceptions des salles futures grâce aux leçons tirées de l’utilisation des premières salles.

Finalement, il va sans dire que le budget disponible est un autre facteur qui influence la conception de chaque salle. Heureusement, les distributeurs ou fabriquants de certains produits consentent souvent à des rabais importants pour ce type de salles, probablement parce qu’ils y voient un aspect promotionnel.

Deuxième constat : la pédagogie au premier plan (« pedagogy matters »).  Les présentateurs sont unanimes pour dire que ces salles ne sont pas indispensables pour faire de l’apprentissage actif, mais qu’elles donnent des leviers supplémentaires et qu’elles y invitent. Elles amènent les professeurs à repenser leur pédagogie dans une perspective centrée sur les apprenants. C’est l’approche pédagogique qui crée le succès de la salle, et pas sa technologie. Certaines salles visitées sont même relativement « pauvres » en frais de technologie, sans que cela n’entrave leur mission.

Les professeurs qui utilisent ce type de salle pour faire des exposés traditionnels y ont de moins bons résultats qu’en salle conventionnelle, parce que ces salles s’y prêtent mal; ils doivent donc retourner à leurs salles habituelles, ou (préférablement) s’adapter à mettre en oeuvre des pédagogies plus actives s’ils continuent à enseigner dans les nouvelles salles.

Les étudiants et professeurs habitués à ce type de salle vivent un certain « sevrage » lorsqu’il n’y ont pas accès pour certains de leurs cours. On apprécie tellement l’expérience qu’il est difficile de retourner à des modes plus traditionnels.

Troisième constat : apprendre de l’expérience des autres.  Le succès de ces salles repose sur de nombreux détails qui peuvent paraître anodins, mais qui comptent beaucoup : qualité des chaises, robustesse du mobilier et des technologies, éclairage (naturel et artificiel), acoustique (sinon les salles sont trop bruyantes pendant les discussions d’équipe), disposition et forme du mobilier, orientation des tableaux et surfaces de projection, types de tableaux, rangement, etc.  Il est important d’utiliser au maximum les murs pour permettre l’écriture ou la projection : les étudiants s’en servent beaucoup pour noter leurs idées en développement.

On doit y réfléchir longuement, se documenter sur les expériences des autres avant de se lancer. Certaines institutions ont commencé par expérimenter avec des configurations temporaires flexibles (mobilier facile à déplacer, tableaux sur roulettes, etc) avant de créer des salles permanentes.

Quatrième constat : soutien aux formateurs.  Le soutien aux professeurs est crucial pour faire de ces salles un succès, tant sur le plan technique que pédagogique. Par exemple, à McGill :

  • Le soutien technique est offert par des employés étudiants spécialement formés, qui sont présents dans les salles pour les premiers cours, jusqu’à ce que le professeur soit à l’aise et qu’il les libère. Cette présence rassurante incite les professeurs à expérimenter et à prendre quelques risques, ce qui élargit l’éventail des outils à leur disposition et stimule leur créativité pédagogique.
  • Le soutien pédagogique est offert par des conseillers pédagogiques.
  • Le tout est supporté par McGill Teaching & Learning Services (équivalent du SSF), et ce depuis la planification (via un comité piloté par le bureau du provost, l’équivalent du VRE), en passant par la conception des salles, jusqu’au soutien aux professeurs et auxiliaires une fois la salle construite. À titre indicatif, Adam Finkelstein, conseiller pédagogique à McGill qui a été notre guide pour la visite, consacre environ 80% de son temps au soutien à ces salles à toutes les étapes : comité de planification, comités de conception, soutien pédagogique, etc.
  • Au-delà de McGill, les communautés de pratique locales (très actives à Dawson College) et inter-institutionnelles (ex. SALTISE : Supporting Active Learning and Technological Innovation in Science Education) sont d’autres facteurs de succès qui contribuent au soutien des enseignants.

Cinquième constat : l’enjeu de la pérennité. La longévité de ces salles est un défi que l’on doit considérer dès le départ. Tout le matériel doit être de durabilité industrielle. Toute la technologie qui est sujette à une désuétude rapide devra être prise en considération. Des salles trop dépendantes de certains technologies qui doivent être remplacées régulièrement vont entraîner des coûts récurrents élevés. On a donné un exemple réel où l’on a dû choisir entre la rénovation d’une salle vieille de 30 ans ou la mise à niveau d’une salle d’apprentissage vieille de 3 ans. Mieux vaut investir davantage sur les aspects durables de la salle (mobilier, médiatisation, etc) et penser toute l’utilisation de la salle autour de ces aspects, que miser sur les aspects éphémères (ordinateurs dernier cri, etc). Une chaise confortable qui dure 25 ans coûte plus cher à l’achat, mais moins cher que 2 ou 3 remplacements sur la même période. Et c’est sans compter les coûts intangibles de chaises inconfortables et autres aspects mobiliers inadaptés, qui ont des conséquences non négligeables selon nos guides.

Justement, McGill s’éloigne progressivement des salles informatisées pour s’orienter plutôt en mode BYOD, notamment pour se prémunir contre la désuétude rapide des ordinateurs. Les salles demeureront médiatisées (caméras, projecteurs ou smartboards, sonorisation, etc), mais avec moins d’ordinateurs intégrés pour miser davantage sur les câbles et panneaux de  connexions.

Quelques autres remarques en vrac.

  • Ces salles existent au Québec depuis assez longtemps. Champlain College St-Lambert a bâti son premier labo d’apprentissage actif en 2002, suite à des efforts démarrés en 1995.
  • Les utilisateurs de ces salles ont un grand respect pour l’espace et pour les objets qui s’y trouvent. Il n’y a pas de vandalisme, de vols ou de déplacement des objets hors des salles.
  • Le mobilier déplaçable et reconfigurable offre une souplesse qui aide à obtenir d’adhésion des professeurs, mais on propose alors des « configurations suggérées ».
  • Les premières expériences font boule de neige très rapidement si les budgets le permettent. Dawson College multiplie ce type de salles, avec des configuration variables. McGill a commencé en 2009, mais en est déjà à 7 salles qui sont aussi très différentes les unes des autres. McGill aura 3 salles supplémentaires en 2013 pour l’apprentissage de la médecine. Un comité spécial issu de leur équivalent au VRE contrôle un budget annuel de 2 M$ pour la rénovation de salles.
  • Beaucoup de recherche commence à apparaître sur les résultats obtenus dans de telles salles, et les conclusions sont très positives.

La journée s’est conclue par une discussion plénière entre les 24 participants et plusieurs des présentateurs de la journée. La forme découle de la fonction, alors on doit avoir une idée précise de ce qui se produira dans la salle avant de la concevoir, mais en même temps, l’apprentissage actif n’est pas une fonction d’une salle de classe : c’est une philosophie d’enseignement qui transcende le lieu physique.

Ressources :

Les salles d’apprentissage actif à l’Université McGill (incluant vidéo).

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Éric Chamberland

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