Au moment de développer un programme, une approche basée sur le découpage disciplinaire – se traduisant plus souvent qu’autrement par un cumul de cours plus ou moins disparates – est de plus en plus remise en question. On y déplore notamment la difficulté pour les étudiants de développer des compétences ou habiletés complexes qui ne peuvent se développer à l’intérieur d’un seul cours.
L’approche-programme a été développée en réponse à cette critique. Cette façon d’envisager le développement curriculaire mise sur une approche concertée, basée sur les objectifs de formation ciblés pour le programme dans son ensemble. Autour de ceux-ci s’articulent ensuite l’ensemble des cours, des activités d’intégration, ainsi que l’intervention de chacun des enseignants impliqués. Elle exige un fort investissement de la part des enseignants qui doivent mettre en commun leurs pratiques, leurs méthodes, leurs contenus pour s’assurer de la complémentarité des différents cours offerts ainsi que leur contribution à l’atteinte des objectifs visés. Elle nécessite la mise en place d’activités d’intégration, propices à la mise en pratique des compétences développées tout au long de la formation. Elle impose également de définir et de partager des indicateurs explicites du développement des compétences de l’étudiant pour arriver à « documenter » sa progresssion d’un cours à l’autre et ainsi s’assurer de l’atteinte des objectifs visés par le programme.
Dans un article publié dans Inter@ction (le bulletin pédagogique du collège Montmorency), Chantal Lepage décrit l’approche-programme et propose une liste de moyens pour l’implanter. À sa lecture, on y comprend bien ce qu’une telle approche exige des enseignants qui s’y engagent :
• Développer une vision et une compréhension partagée de la formation en discutant avec les collègues de la représentation que l’on se fait de la formation;
• Faire des choix, s’entendre sur les apprentissages essentiels dont l’étudiant aura besoin pour réussir sa formation, ce qu’il devra maîtriser au terme de son cheminement (profil de sortie);
• Se donner des mécanismes de concertation et de coordination (comité de travail, assemblée départementale, comité de programme, etc.);
• Partager un vocabulaire commun (compétence, objectif et standard, critères de performance, performance finale attendue, épreuve synthèse de programme, etc.);
• Concevoir son cours comme étant une partie qui participe à un ensemble intégré de formation (cohérence et harmonisation);
• Clarifier et expliciter le rôle et la contribution des différentes disciplines associées au programme de formation de l’étudiant;
• Se centrer sur le processus d’apprentissage de l’étudiant pour mieux suivre sa progression à l’intérieur d’un parcours de formation;
• Discuter du cours que l’on donne avec ses collègues : leur dire ce qu’on fait, comment on le fait et pourquoi ce qu’on fait s’inscrit dans le sens de la formation (développement de quelles compétences, orientations et finalités du programme, etc.);
• Partager ses stratégies et ses moyens d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation;
• Bénéficier de l’expertise de nos collègues (s’enrichir mutuellement, s’inter former, etc.);
• Faire des liens entre ce qu’on fait et ce que font nos collègues, rendre visibles ces liens afin d’aider les étudiants à les faire…
À l’UdeS, le développement de parcours de professionnalisation constitue un exemple d’application d’une approche-programme pour développer (ou réviser) un programme de formation. Les équipes qui s’y sont engagées doivent effectivement mettre en place l’ensemble des conditions identifiées ci-haut pour y arriver. L’expérience permettra éventuellement de dégager les freins, les limites, les exigences, mais aussi les retombées d’un tel travail. Considérant l’intérêt porté à cette approche dans d’autres institutions, c’est une bonne nouvelle; il y a là matière à s’inspirer… et à partager.
Source : Chantal Lepage, « L’approche-programme », Inter@action – Bulletin pédagogique interactif du collège Montmorency, 16 octobre 2010
