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Retour d’expérience : RVCP 2026

Il y a une semaine se terminait le RVCP 2026 (Rendez-vous pour conseillères et conseillers pédagogiques), organisé par I-mersion CP, un projet financé par le ministère de l’Enseignement supérieur qui « vise le développement de la compétence numérique des conseillères et conseillers pédagogiques », notamment des celles et ceux des réseaux collégial et universitaire du Québec.  J’avais déjà participé à quelques ateliers ponctuels dans le passé, mais c’est la première fois que je me « baignais » dans cette communauté pendant trois jours.  Félicitations d’abord à l’équipe organisatrice, Marie-Dominique Duval, Clara Dyan-Charles, Katerine Julien et Maxime Perreault, sans oublier Christelle Lison et Florian Meyer, professeurs à la Faculté d’éducation de l’UdeS, coresponsables du projet [NDLR: L’auteur connait personnellement et a collaboré de près avec certains membres de l’équipe organisatrice].

Cette année, l’évènement se déroulait sous le thème L’art du possible, où l’on rappelait que mes collègues CP sont bien souvent des héroïnes et des héros de l’ombre.  Selon la présentation, cette édition « encourage[ait] l’exploration de nouvelles perspectives, l’audace créative et l’émergence de solutions qui transforment la conseillance pédagogique ».

La journée du mardi 12 mai se déroulait en ligne.  Elle a débuté par la présentation du nouveau Cadre de référence de la compétence numérique.  J’ai encore des réserves relativement à ce Cadre [Pourquoi pas une littératie numérique à développer tout au long de la vie, faite de 12 compétences interreliées, plutôt qu’une compétence avec 12 « dimensions »?  D’ailleurs le glossaire ne définit ni littératie ni dimension, bien qu’il en soit question tout au long du document…], mais je m’en remets aux nombreux experts qui y ont collaboré.  J’applaudis toujours le fait qu’il y ait une volonté de parcours interordre, je suis ravi qu’il ait été actualisé (notamment pour tenir compte des IA), ce qui montre bien l’intention de le faire vivre…  Tant mieux si les divers ajouts (« axes thématiques » et « pistes de planification pédagogique ») peuvent en faciliter l’application sur le terrain.

J’ai ensuite participé à l’atelier Veille informationnelle et transfert de connaissances en éducation avec Stéphanie Carle, conseillère pédagogique responsable du développement professionnel au Cégep Montmorency.  Je fais de la veille depuis bientôt 20 ans, mais j’en ai toujours à apprendre.  J’étais très heureux de constater les liens de plus en plus importants entre veille et transfert.   J’ai été ravi de faire la connaissance de Stéphanie qui est également chargée de cours à Performa et qui vient de compléter un doctorat professionnel en éducation, avec Matthieu Petit comme codirecteur.  Elle m’a appris qu’il y avait désormais une communauté de pratique de l’AQPC sur les Convergences en recherche et pédagogie collégiale.

J’avoue m’être inscrit à l’atelier Le projet, terreau de développement du leadership pédagogique, notamment pour réentendre la magnifique voix de mon collègue Dominic Brierre.  Le sujet m’intéressait aussi alors que, comme le mentionne Dominic, le projet est au cœur de notre travail de professionnel, mais que nous n’avons souvent que peu d’habiletés formelles pour le planifier, le mener.  Il faisait d’ailleurs référence aux compétences « meneuriales » proposées par notre collègue Félix Arguin.  Il a été bien sûr question de notre pouvoir d’influence vs. notre pouvoir formel pour faire avancer nos dossiers [NDLR : L’auteur a déjà travaillé avec l’animateur de cet atelier.].

J’ai enfin participé à l’atelier Bonnes pratiques de l’approche-programme : un levier pour l’amélioration continue des programmes d’études en l’enseignement supérieur qui m’a donné l’occasion de prendre connaissance du travail exceptionnel rendu accessibles par nos collègues de l’Université Laval Éric Chamberland et Natacha Gaucher.  Ils nous ont présenté deux outils qu’ils nous ont laissé explorer avant de répondre à nos questions.  De mon côté, j’ai moins approfondi leur grille d’Autoévaluation des bonnes pratiques pour l’implantation et l’amélioration continue d’une approche-programme, pour me concentrer sur leur liste d’une cinquantaine de « Bonnes pratiques de l’approche-programme », réparties en 11 thématiques.  Ce travail de moine alliant vulgarisation et rigueur est sans doute le fruit d’une équipe, mais je ne peux m’empêcher de constater qu’il porte la griffe de mon ancien collègue Chamberland, dont je m’ennuie beaucoup. Leur approche « identifier ce que vous faites déjà » comme « cheval de Troie » en vue de promouvoir l’approche-progamme afin d’accompagner l’amélioration des pratiques est fort séduisante.  [NDLR : L’auteur a déjà travaillé avec l’un des animateurs de cet atelier, qu’il considère comme un ami personnel.]

Les mercredi 13 et jeudi 14 mai, l’évènement s’est poursuivi en présence à l’Hôtel Chéribourg d’Orford.

La table ronde d’ouverture intitulée Quand la cape se déploie était très touchante, mais sans jamais verser dans le pathos (ce qui est toujours un équilibre délicat à atteindre). Animée par Florian Meyer, elle réunissait des conseillères pédagogiques qui ont chacune dû développer des « superpouvoirs » devant l’adversité.  Chacune nous a d’ailleurs partagé son nom de superhéroïne. J’ai bien l’impression que, confronté aux mêmes embûches, je me serais roulé en boule dans un coin…  Entre Catherine Léger (CATalyste; en fauteuil roulant; HEC Montréal), Azran Khan (Rani Pedagogy; première femme de couleur dans son milieu; Dawson College), Annie Lapierre (Visible Woman, qui a eu le courage de se réinventer de CP en enseignement à distance à CP et enseignante en communauté autochtone), ainsi que mes collègues Gabrielle Léonard Benoît (Adaptia; confrontée en tout début de carrière à des réformes de programmes majeures) et Marie-Dominique Duval (Marisilience; qui a eu la générosité de s’ouvrir sur des enjeux de santé mentale vécus il y a quelques années).  Un coup de cœur particulier pour Catherine Léger qui, après un accident qui a mis fin à la carrière internationale de funambule (!), est retournée aux études (du secondaire au supérieur!), puis évolue désormais sur le fil de fer très mince entre l’accompagnement à la réussite des personnes étudiantes et le conseil au personnel enseignant. Fort inspirant !

Lors de l’atelier Intégrer la réalité virtuelle en pédagogie : avantages, défis et bonnes pratiques, j’ai particulièrement apprécié que Myriam Feiter-Murphy (enseignante de travail social) et David Blain (conseiller pédagogique – secteur TIC et audiovisuel) du Cégep Marie-Victorin ne nous parlent pas que de technique, mais nous donnent l’occasion de réfléchir aux forces et aux limites de la réalité virtuelle (RV), ainsi qu’aux occasions où elle vient soutenir l’utilisation de cas écrits ou de vidéos traditionnelles.  J’ai été surpris d’entendre que le tournage 360 degrés (pour la RV) n’est pas nécessairement plus dispendieux que celui pour la vidéo qui nécessite toute une équipe.  L’enjeu de la RV serait plutôt de développer des scénarios crédibles qui permettent que l’on entre juste assez « dans la bulle » de la personne apprenante, afin qu’elle prenne part à l’action, mais sans qu’on ne la traumatise trop (notamment dans des cas où la RV est choisie pour des raisons de sécurité).  J’ai été aussi surpris aussi d’apprendre que le Cégep Garneau a préféré utiliser la RV pour de l’évaluation sommative, alors qu’elle me semble idéale pour de l’expérimentation libre plus formative…  Force est d’admettre qu’elle offre une alternative intéressante aux simulations humaines coûteuses et exigeantes sur le plan logistique.  Enfin, ce fut pour moi l’occasion d’enfiler pour la toute première fois un de ces fameux casques…

En fin d’avant-midi, je n’ai pu participer à l’un ou l’autre des divers ateliers qui m’intéressaient beaucoup, puisque j’animais moi-même un atelier intitulé Contes et conseillance pédagogique : les leçons du Renard de feu  [NDLR : Depuis 55 ans, l’auteur connait personnellement et parfois un peu trop bien l’animateur de cet atelier. ;-p].  À ma grande satisfaction, près d’une trentaine de personnes participantes se sont jointes à moi pour explorer ce que les contes traditionnels peuvent nous apprendre des différents niveaux de soutien que nous offrons au personnel enseignant.  Ce fut pour moi un moment réflexif et d’échanges stimulants. Je laisserai à d’autres le soin d’y rétroagir, le cas échéant.

Quelle excellente idée que de permettre à tous les projets nommés aux prix HUBLO d’être présentés en mode « exposition », avant le Gala qui allait en couronner quelques uns. Il me semble que cela a permis de tous les mettre en valeur, alors que les projets gagnants ne sont certainement pas les seuls qui méritent l’attention. Le projet gagnant du tout nouveau « HUBLO du public » a été les pictogrammes de déclaration de niveau d’utilisation de l’intelligence artificielle générative de l’Université du Québec à Chicoutimi.  J’ai personnellement décidé de les adopter, parce qu’ils me permettent de me sentir transparent dans mon recours aux IAg dans mon travail.

Le lendemain, j’ai participé au Studio d’expérimentation.  Ici encore, nous avions la possibilité de faire le tour des différents ateliers proposés avant de choisir celui où on irait « expérimenter »… J’ai choisi Création d’un balado : passez derrière le rideau!, avec Marie-El Domingue et Jérôme Vallée du Cégep de La Pocatière.  Ils nous ont invités « derrière le rideau » de leur balado Dans le cadre de porte qu’ils offrent depuis deux ans à raison d’environ sept épisodes de 20 min par année.  Leur production a ceci d’original qu’elle n’est accessible qu’à l’interne (via un site SharePoint), faisant un peu office de babillard ou de « bulletin paroissial » pédagogique où l’on écoute pour savoir ce que fait et raconte une ou un collègue enseignant (le balado rejoint environ la moitié des enseignants de l’établissement.  Le ton très informel « à nous de nous » permet parfois des confidences étonnantes (ex: « Mes PowerPoint sont laids! »).  Les animateurs en profitent pour présenter l’actualité pédagogique et pour proposer des ressources associées à la thématique de la discussion.

Cette utilisation distincte du balado pour en faire un médium de proximité afin de rapprocher et de valoriser les enseignants « entre eux » semble vraiment répondre à un besoin.  Elle est très adaptée à ce milieu particulier, donc peut-être moins transférable, mais… J’y vois pourtant un filon alors que nous avons tendance à penser que la valorisation passe nécessairement par la diffusion au plus grand nombre.  En fait, l’important serait surtout d’être valorisé auprès des bonnes personnes, qui sont souvent nos pairs. Nous avons pu poser toutes nos questions (notamment sur le choix d’effectuer « le moins de montage possible »), alors que Marie-El et Jérôme ont été fort généreux de leurs réponses.  Seul bémol s’il y en a un… nous n’avons pas « expérimenté ».  Bon, je ne sais trop non plus comment nous aurions fait ça.  Je retiens une phrase que je vais méditer : « La perfection est l’ennemie de l’action. »

L’atelier Oser l’imprévu : quand le territoire redéfinit nos possibles, offert par Annie Lapierre, intervenante psychosociale et enseignante au collégial, devait se dérouler à l’extérieur.  La pluie en a forcé la tenue à l’intérieur… dans une salle sans aucune fenêtre.  Qu’à cela ne tienne, l’animatrice avait prévu le coup et avait apporté des éléments naturels pour nous inspirer.  J’avoue m’être un peu inquiété du fait que l’atelier ne tourne autour de principes de croissance New Age, ce qui me l’aurait rendu très inconfortable.  Ce n’était pas le cas.

En fait, Annie nous a simplement offert un moment de réflexion en 5 étapes sur nos façons de composer avec les inévitables imprévus de notre profession.  1) Dans un premier temps, chacun a été invité à identifier individuellement un élément naturel – j’ai choisi le feu, mais d’autres ont pu prendre des végétaux ou des minéraux, peu importe – pour illustrer notre posture comme accompagnateur pédagogique.  Nous sommes ensuite invité à 2) identifier des « croyances limitantes » (ce que nous nous racontons) lorsque nous nous sentons déstabilisés, ainsi 3) qu’à observer nos réactions. Il devient par la suite possible – simplement en liant ces nouveaux constats à nos pratiques – de 4) changer de regard et de 5) « transformer [ces] prises de conscience en gestes concrets ».  Rien de bien ésotérique là-dedans, si ce n’est que les expériences d’Annie l’ont amené à favoriser la déconnexion et la sobriété numérique pour retourner dans la nature…  Finalement, j’ai découvert qu’Annie avait réalisé sa recherche doctorale autour de la passionnante question de l’humilité pédagogique que j’associe à une forme particulière d’humilité intellectuelle.

Enfin, la table ronde L’enseignement supérieur et l’IA : se protéger pour mieux agir animée par ma collègue Clara Dyan-Charles [NDLR: eh oui, une autre bonne amie…] a réuni le professeur Normand Roy (UQAM), Daniel Plante (conseiller en pédagogie numérique, Cégep Marie-Victorin) et Noémie Verhoef (enseignante de philosophie, Cégep de Victoriaville) autour de différents futurs possibles (désirable et catastrophique), notamment en lien avec les impacts de l’IAg sur la formation supérieure. Je ne peux exprimer à quel point cette table ronde m’a réjoui, alors qu’il m’apparaît que ces questions difficiles mais fondamentales sont trop souvent négligées au profit de considérations techniques ou de crispations de nature plus administratives…

Il a d’abord été question de souveraineté pédagogique (et numérique, parce qu’elles risquent d’aller de plus en plus de pair…), du fait que l’IAg accélère l’« apprentissage » vers une logique de simple navigation dans les savoirs (à la clé, la question d’à qui profite cette accélération…), du besoin de développer des structures agiles pour trouver l’équilibre fragile entre innovation et responsabilité sociale. Par exemple, le Projet IRIS (pour Intelligence Responsable Innovante et Sécuritaire) du Cégep Marie-Victorin invite les étudiantes et étudiants à développer une instance locale d’IAg et à se l’approprier avec le soutien de personnes enseignantes. En plus des conseillères et conseillers pédagogiques, cinq enseignants sont ainsi libérés pour animer le Media Lab de Marie-Victorin.  (D’autres institutions développent des projets similaires, comme le Cégep de Matane, le Cégep du Vieux-Montréal, l’Université de Rennes en France, etc.) Il me semble qu’il devrait y avoir de l’avenir pour ce genre de « bricolage sociotechnique » avec les personnes étudiantes. Une citation évoquée par Daniel Plante, relativement aux jardins communautaires, m’a inspiré : « Il ne s’agit pas de nourrir la planète, mais bien d’apprendre à jardiner. »

Un second axe de discussion concernait la citoyenneté numérique, alors que l’on se demande de plus en plus « à quoi former » pour tenir compte des IAg.  Il appert qu’il devient de plus en plus difficile d’éviter une certaine « littératie algorithmique » pour comprendre les fondements des IA.  On nomme aussi le besoin d’aider les personnes étudiantes à identifier les caractéristiques universelles qui font de nous des humains, distincts des machines. On voudrait d’ailleurs amener les futurs citoyennes et citoyens à savoir réfléchir en vue de déterminer si l’IA sera un « remède » ou un « poison » à leurs apprentissages.  Noémie Verhoef estime que cela dépendra forcément de la « pédago-posologie » qui sera appliquée.  La piste de coenseigner sociologie, philosophie et informatique, comme l’ont fait Fanny Joussemet et son équipe au Cégep St-Laurent, est évoquée par Normand Roy.

Un troisième et dernier axe de discussion touchait au développement de la pensée critique et à la prévention de l’érosion cognitive.  Il a été ici question de revenir à ce qu’est l’apprentissage. Il requiert du travail, mais cette difficulté permet de prendre confiance en ses capacités intellectuelles lorsque l’on vit des réussites.  Avec l’IAg, les réussites sont externalisées.  L’IA ne permet pas le développement de compétences, mais donne l’illusion d’un produit fini sans tenir compte du processus laborieux qui permet le développement de compétences. On souhaite promouvoir les réflexes de métacognition et préserver l’esprit critique, notamment pour favoriser la sobriété numérique et le « fonctionnement déconnecté » (une autre forme de résilience…).  On a enfin évoqué que cela signifierait possiblement revoir notre définition de l’évaluation pour permettre le droit à l’erreur.  De la musique à mes oreilles!

Voilà pour mon RVCP 2026.  J’encourage vivement mes collègues qui ont participé à d’autres ateliers ou qui auraient des choses à ajouter à le faire en ajoutant des commentaires à cette publication.

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Jean-Sébastien Dubé

2 Commentaires

  • Super article! Merci pour ce retour sur activité! Ton point de vue est vraiment apprécié!
    Et merci pour ta grande contribution à l’événement!

  • Merci Jean-Sébastien pour ce sympathique compte-rendu. Je n’ai pas pu assister au colloque en présence, ton texte me donne quand même une petite idée des sujets abordés. Je vais certainement aller explorer l’idée de l’humilité pédagogique ! Heureuse de t’avoir croisé en virtuel.

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