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Interne: En route vers un Conseil des universités du Québec…

Dans une relative indifférence médiatique est tombée lundi le 11 juillet 2016 une nouvelle qui risque pourtant d’avoir un impact important sur le fonctionnement de l’institution universitaire québécoise.

“La ministre de l’Enseignement supérieur, Mme Hélène David, a annoncé aujourd’hui avoir mandaté MM. Claude Corbo et Guy Demers afin de consulter les réseaux collégial et universitaire sur la manière et l’environnement nécessaire à l’implantation d’un Conseil des collèges du Québec ainsi qu’un Conseil des Universités du Québec. MM. Corbo et Demers présenteront leurs propositions dès l’automne prochain. […]

« Je souhaite rapidement passer à l’action à la lumière des recommandations qui me seront présentées par MM. Corbo et Demers. Ces Conseils permettront d’avoir une évaluation indépendante et autonome de la qualité des programmes, à la hauteur des meilleures pratiques existantes.” (MEES, 11 juillet 2016)

S’il faut en croire M. Guy Demers, « C’est un peu comme la dernière étape avant de passer à l’action » (Le Devoir, 12 juillet 2016)  On parle d’une remise de ces rapports pour octobre (Nadeau, 13 juillet 2016)

On peut penser que si la ministre a notamment confié un tel mandat à M. Corbo, c’est qu’elle souhaite aller de l’avant avec le modèle de Conseil national des universités qu’il proposait dans son rapport de juin 2013 et que décriait l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS) dans ses notes de recherche :

“[L]e CNU proposé par le rapport Corbo viserait d’abord à « combler le « retard » du Québec dans la mise sur pied de mécanismes d’évaluation de la qualité et ainsi de participer à l’adoption de « meilleures pratiques » observées à travers le monde en matière de qualité » avec « pour objectif de mieux imposer les normes managériales du secteur privé […] et le cadre de la concurrence internationale comme critère d’évaluation. » (Blandine Parchemal, IRIS, octobre 2013, p.9)

Dans une lettre qu’elle a fait parvenir au journal Le Devoir le 12 juillet, la ministre mentionne notamment que “Le Québec doit continuer à tout mettre en oeuvre afin de maintenir ses collèges et ses universités comme chefs de file sur l’échiquier mondial.” (David, 2016)

Ce qu’il faut lire entre les lignes, c’est que la ministre veut doter le Québec d’un organisme similaire au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) ou autre British Accreditation Council (Royaume-Uni).  Suite au vide laissé par la dissolution de la CREPUQ, l’occasion est trop belle: c’est un organisme (indépendant?) soumis à l’autorité ministérielle qui établira vraisemblablement les acquis d’apprentissage (learning outcomes) auxquels devront répondre les programmes universitaires.  Pour un aperçu des réserves entourant les learning outcomes et les organismes qui les encadrent, voir notre article “Choc des tendances : learning outcomes contre microcertifications” dans le Perspectives SSF de juin 2013.  Il s’agit fondamentalement d’un enjeu de compétitivité internationale pour les universités québécoises qui devront pouvoir démontrer qu’elles préparent aussi bien la main d’oeuvre de demain que celles des autres pays.

Rappelons que le rapport Bissonnette-Porter, L’Université québécoise : préserver les fondements, engager des refondations (2013)suggérait lui aussi un projet de loi-cadre comportant notamment la création d’un Conseil national des universités (CNU), dont le mandat incluait l’évaluation de la qualité des activités universitaires et l’évaluation des nouveaux programmes.  Un tel Conseil devait aussi examiner des questions telles que la multiplication des points de service (campus externes) et la forte croissance des programmes courts.

Faut-il s’étonner alors qu’un tel organisme – consultatif lui aussi – n’en viendrait à remplacer le Conseil supérieur de l’éducation? (Nadeau, 13 juillet 2016)  C’était d’ailleurs ce que privilégiait Claude Corbo dans son rapport de 2013.

Par ailleurs, il semble que ces nouveaux Conseils (des universités et des collèges) veilleront à faciliter ce qu’il semble maintenant convenu d’appeler en jargon technocratique la “fluidité des parcours de formation” soit les questions de souplesse dans le cumul des crédits en vue de la diplomation et – on le suppose – de reconnaissance des acquis.

Rappelons enfin que l’Université de Montréal a déjà créé un vice-rectorat adjoint à la promotion de la qualité pour se préparer à l’avènement d’un tel Conseil des universités du Québec, responsable de la qualité des programmes.

Sources:

Vers des conseils des collèges et des universités“, Le Devoir, 12 juillet 2016

Claude Corbo et Guy Demers conseilleront Québec sur les collèges et les universités“, ICI Radio-Canada – Nouvelles (site web)11 juillet 2016

David, Hélène, “L’enseignement supérieur a besoin de nouvelles institutions” (libre opinion), Le Devoir, 12 juillet 2016

Ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur, “Formation d’un Conseil des collèges du Québec et d’un Conseil des universités du Québec – La ministre David mandate des experts pour consulter les réseaux collégial et universitaire” (communiqué de presse), Québec, 11 juillet 2016

Nadeau, Jessica, “Le Conseil supérieur de l’éducation pourrait disparaître“, Le Devoir, 13 juillet 2016

Orfali, Pierre, “Québec envisage d’offrir un DEC par cumul“, Le Devoir, 8 juillet 2016

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Jean-Sébastien Dubé

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