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Interne – Rapport d’étonnement: échange autour de l’espace expérientiel (E2)

Le 2 décembre dernier, sur la plateforme Zoom, de 10 h 30 à midi, j’ai pu participer à une rencontre autour projet pilote d’expérimentation de la démarche de formation sur l’espace expérientiel (E²) en assistant à « un échange multidisciplinaire entre formateurs de l’UdeS ayant expérimenté cette approche ». On nous présentait cette rencontre ainsi: « Vous voulez en apprendre davantage sur l’approche expérientielle, qui est de plus en plus présente en enseignement supérieur? » [emphases dans le texte original]

Pour qui veut en savoir davantage sur l’E2, je propose les références suivantes:

La description de l’activité du 2 décembre se poursuivait par une description du groupe:

« Cette expérience de formation regroupe six (6) participant.e.s de différentes disciplines de l’UdeS : kinésiologie, ergothérapie, physique quantique et musique. Le format proposé se veut convivial et les participant.e.s animeront une conversation permettant un retour réflexif sur l’expérience vécue, un bilan des expériences et des moments forts permettant ainsi de mettre en évidence les effets potentiels de cette approche. » [emphases dans le texte original]

On nous expliquait enfin que ce projet pilote avait proposé aux participantes et participants de réfléchir à…

  • des façons de transformer les espaces d’apprentissage et les pratiques d’enseignement;
  • la coconstruction de concepts sous-jacents à l’E²;
  • la pédagogie et le rôle de l’éducation.

Dans un premier temps, je tiens à dire à quel point je me suis senti privilégié d’assister avec 75 autres personnes à cette séance de débreffage aux couleurs bien particulières. C’était une magnifique opportunité de voir l’E2 en action avec des actrices et acteurs qui y étaient visiblement rompus. La diversité des disciplines représentées contribuait certainement à la richesse des échanges. C’est avec grande générosité que les participantes et participants de ce projet pilote se sont livrés à nous. J’en retiens les points suivants, sans avoir retenu qui a apporté quel point. Du reste, s’il est possible qu’il y ait eu des divergences d’opinion, j’ai surtout entendu de l’approbation des autres membres du groupe, voire des consensus.

Questions et sens

  • Un criant besoin de SENS pour cette génération d’étudiantes et d’étudiants, voire de jeunes formateurs et formatrices (voir aussi les constats de la journée de l’an dernier sur les acteurs de changement lors des Entretiens Jacques-Cartier). L’essentiel de leurs interrogations tournait autour de l’identité professionnelle, des choix de vie, des décisions d’éthique personnelle…
  • L’importance pour ces participantes et ces participants que tous les curriculums universitaires comptent des espaces pour apprendre à se poser des questions (puisque, selon eux, c’est alors que la créativité et l’émerveillement arrivent…)
  • Leur conviction – bien légitime? – que l’Université devrait être un endroit où se poser des questions auxquelles on n’a pas nécessairement de réponse…
  • En lien avec ces questions, Émilie, une des participantes, avait cette jolie métaphore sonore: avoir de telles questions constamment en « musique de fond » derrière la tête, mais profiter de l’espace expérientiel pour « monter le volume » et « danser » avec les autres participantes et participants sur cette musique…

Apprentissage

  • La conviction que l’E2 offre un « vision holistique de l’apprentissage »: apprendre pas seulement au niveau cognitif mais également aux niveaux sensoriel et émotif.
  • D’après les participantes et participants, l’E2 permet de « mettre les étudiantes et les étudiants au cœur de leur processus d’apprentissage »…
  • … alors qu’ils conviennent volontiers qu’il faut du temps pour que les étudiantes et étudiants se responsabilisent par rapport à leurs apprentissages.

Enseignement

  • Pour certains participants, cet E2 aura été l’occasion de « briser [leur] conception de l’enseignant idéal »
  • Certains ont perçu une certaine absurdité à « devenir prof sans se poser la question “Pourquoi t’enseignes?” ou “C’est quoi l’enseignement pour toi?”, » se demandant même si leurs enseignantes et enseignants universitaires passés s’étaient posé de telles questions.
  • Toujours selon eux, l’E2 invite les formateurs à « s’afficher comme des personnes enseignantes, des animateurs ou animatrices en questionnement. »
  • Si l’on questionne l’efficacité de l’E2 pour enseigner plusieurs notions, une participante évoque le fait que cette approche permet d’ « avoir des objectifs précis d’où on veut se rendre mais sans savoir comment on y ira… ».
  • Une participante mentionne s’être aperçue qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des notions préalables sur un sujet aussi complexe que la physique quantique ou sur l’importance de la musique dans nos vies pour avoir une discussion plus poussée sur l’un ou l’autre sujet dans l’E2. Une discussion peut tout de même émerger qui permet d’éveiller l’intérêt pour un sujet, si complexe soit-il, parmi les participantes et les participants. J’ai demandé si, au-delà de l’éveil de cet intérêt, l’E2 permettait l’approfondissement… On m’a répondu que sans cet intérêt l’approfondissement devenait difficile.

À la sortie de cette activité fort enrichissante, je ressors avec deux convictions:

  1. L’E2 me semble avoir assez peu à voir avec ce que l’on appelle habituellement l’apprentissage expérientiel et qui a davantage en commun avec les stages, l’apprentissage par le service à la communauté, les simulations pratiques, etc.. Pour moi, on est beaucoup plus proche d’un espace de codéveloppement, d’une démarche de réflexivité en groupe, d’une réflexion sur l’identité professionnelle, d’une « communauté de recherche de sens » à la manière de la philosophie pour enfants, etc. Bien sûr, il y a des retours sur des expériences pratiques vécues par les participantes et participants. Bien sûr, on y développe des compétences transversales, humaines et relationnelles de plus en plus demandées en milieu de travail. De tels espaces sont absolument importants et essentiels dans les cursus universitaires, me semble-t-il, mais je crois qu’on n’aide personne en entretenant cette confusion. Jean Bibeau parle parfois d’« espace d’être » et, bien que ce nom puisse susciter du scepticisme en milieu universitaire, ça me semble plus proche de ce à quoi j’ai assisté.
  2. Toujours de mon point de vue, il s’agit d’une innovation pédagogique au sens propre: une approche qui peut vraiment changer des pratiques d’enseignement et ébranler certains paradigmes, voire l’identité professionnelle même des enseignantes et enseignants universitaires – d’abord des spécialistes disciplinaires – dans ce qu’on attend d’eux et dans leur perception de leur rôle. Plusieurs « innovations pédagogiques » me semblent plus proches d’améliorations et de légers développements. Ici, je crois que l’on a véritablement affaire à une innovation au sens où l’entend Tim Klapdor où « la véritable innovation n’est pas toujours souhaitable puisqu’elle suppose de réels changements en profondeur »… C’est à ce titre que je crois important que les conseillers et conseillères pédagogiques du Service de soutien à la formation en prennent connaissance et soient à même d’accompagner avec tout le recul nécessaire ceux et celles qui voudraient intégrer cette approche, ne serait-ce que pour rappeler tout ce qu’elle suppose de remises en question.

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Jean-Sébastien Dubé

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