Compétitive Pédagogique Technologique Tendances sociétales

Interne: Colloque AQPC 2018 – rapport d’étonnement

Du 6 au 8 juin 2018, j’ai participé au 38e colloque de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) qui se déroulait cette année à St-Hyacinthe.  On m’en avait parlé en bien: il y règne une attitude décomplexée et souriante vis-à-vis de la pédagogie dans les cégeps.  On ose essayer toutes sortes de formules.  C’est différent de ce que l’on peut vivre dans nos universités où les choses semblent définitivement plus formelles…

J’y présentais le design thinking avec des collègues du secteur Performa et j’en ai profité pour prendre connaissance de l’avancement du réseau collégial quant à certaines de nos préoccupations de veille.  Par souci de concision, pour chaque conférence ou atelier auquels j’ai assisté, j’indique les présentateurs ainsi que les quelques éléments qui m’ont frappé.

Conférence d’ouverture, 6 juin, 10 h: Les défis de l’éducation au XXe siècle. Comment, ensemble, enseigner aux jeunes à vivre dans un monde incertain?  par Marc Romainville, professeur au Département éducation et technologie à l’Université de Namur, Belgique

  • Invitation de revenir à Rousseau et à réinventer (ré-enchanter/ revivifier) l’école pour qu’elle continue à “aider à (bien) vivre”; réanimer le désir et le plaisir d’apprendre
  • Pour ce faire, “bousculer” la forme scolaire, redonner du sens par des activités qui permettent la créativité, ne pas mettre autant d’emphase sur l’évaluation sommative
  • Considérer la diversité de nos étudiants comme une richesse/ une opportunité et non comme une contrainte pénible (allusion à Condorcet (1791): “la différence de leurs esprits peut correspondre plus aisément à celle des difficultés”
  • Troublé par un exemple donné d’esprit critique où l’on demande aux lycéens français de repérer de subtils indices de polyphonie dans un texte (utilisation de conditionnels, de formes interrogatives, etc.) pour se prononcer à savoir si un journaliste est d’accord avec l’auteur dont il rapporte les propos.  Nos étudiants québécois y arriveraient-ils, même à l’université?
  • Curieux d’aller explorer ce mouvement qui vient de Finlande: la “Phenomenon-Based Education”.

Atelier 1, 6 juin, 13 h 30: Le badge numérique pour faire reconnaître et faire connaître la maîtrise de compétences formelles et informelles

Nicole Perreault, conseillère en technologies éducatives et animatrice du Réseau des répondantes et répondants TIC (REPTIC). Fédération des cégeps

URL de BadgeCollegial.ca: http://www.badgecollegial.ca/

André Beauregard, responsable des formations en ligne, et Jean Perron, gestionnaire de projets, formations en ligne et ingénierie technopédagogique, Cégep régional de Lanaudière

URL de Badges Lanaudière: http://badge.cegep-lanaudiere.qc.ca

Mes observations:

  • Le problème de “granularité” semble persister avec ces initiatives au collégial.  Comme on ne veut pas remplacer la certification officielle, on offre des badges pour des compétences transversales, des parties de matière, etc.
  • Intéressant que le REPTIC ait choisi de “badger” le profilTIC des cégeps.  Ça a le mérite de la cohérence technologie/ compétences informationnelles.
  • Parce que l’on tient à ce que chaque collège conserve son autonomie, on va démultiplier le nombre de badges…  Il y a risque que les employeurs et les étudiants ne s’y retrouvent pas.  On espère réunir toutes les badges collégiales la plate-forme eCampus quand elle sera disponible.
  • Intéressante initiative interordre que “Badgeons Lanaudière!” du primaire au collégial, pour conserver les étudiants dans la région.
  • Préoccupation de sécurité: les sites de badges sont basées sur WordPress, avec une extension (plugin) qui permet de créer des et de décerner des badges aux utilisateurs.  Ces sites parlent avec Moodle.
  • Différence entre l’octroi de badges par nomination (l’organisme évalue l’atteinte d’objectifs et décerne le badge) vs. par soumission (pourrait être automatisé dès qu’un étudiant a rempli toutes les conditions – dans une formation en ligne, par exemple).

Atelier 2, 6 juin, 15 h: La pensée design pour innover en enseignement supérieur

Notre présentation s’est très bien déroulée.  Nous avons reçu d’excellents commentaires…  À noter:

  • Une enseignante en arts visuels qui remarque de nombreuses similitudes entre le processus de design thinking (DT) et la démarche artistique qu’elle enseigne à ses étudiants.  Une phase manquerait au DT, selon moi: après la diffusion des oeuvres d’art, la démarche artistique conseille un moment de recul.  Il n’y a peu ou pas de place à de tels moments à travers les multiples itérations du DT.
  • Une discussion franche avec Rachel Berthiaume du Cégep de Rivière-du-Loup (voir atelier 6 sur les “makerspaces” plus bas).  Pour elle, les exemples que nous avions choisi pour illustrer le DT relevaient davantage d’une démarche collaborative.  Le DT aurait supposé de remettre en question le besoin et la façon d’offrir de la formation ou de préparer une politique.

Conférence, 7 juin, 8 h 30: Intelligence naturelle dans un monde d’intelligence artificielle par Jocelyn Bérard, chef de pratique national, évaluation et développement du Leadership, Optimum Talent

  • Il a présenté le profil transdisciplinaire de l’employé du futur en forme de “T”.  La barre horizontale pour de larges connaissances générales permettant de transiger avec d’autres spécialistes, tandis que la barre verticale est la spécialisation dans une discipline et/ou un système.
  • D’après un graphique en pointes de tarte présenté par M. Bérard, on apprendrait au travail selon les modalités et dans les proportions suivantes:
    • 10 % de manière formelle (cours, formations, etc.)
    • 20 % par les pairs (partage de connaissances, etc.)
    • 70 % par l’expérience (décisions sur le terrain, observations, etc.)
  • Il nous a donné des exemples d’employeurs qui tentaient d’exposer leurs employés (notamment les futurs cadres) à des situations particulières pour capitaliser sur ce 70 %.
  • Il a somme toute été peu question d’intelligence artificielle, mais davantage de l’importance que les employés développent leur intelligence émotionnelle.

Atelier 4, 7 juin, 10 h: Les multiples figures de l’entrepreneuriat éducatif

Raymond-Robert Tremblay, coordonnateur du PEEC – Projet d’éducation entrepreneuriale au collège
Valérie Huppé, conseillère en entreprenariat, Collège Limoilou
Alexandre Mathieu, directeur-adjoint des études par interim, Cégep de l’Outaouais
Melissa Philippe, chargée de projet, PEEC

  • Le PEEC compte 21 collèges, l’objectif est souvent de donner du sens aux études.
  • Tel que l’avait bien pressentie notre collègue Lise Lafrance, l’entrepreneuriat peut être aussi bien objet d’apprentissage qu’outil d’apprentissage (Pépin, 2015)
  • Les modèles sont très nombreux: entreprise-école, entreprise d’entraînement, micro-entreprise, etc.  Ils servent autant à sensibiliser, à former qu’à accompagner l’entrepreneuriat.
  • Le collège Limoilou a maintenant une “conseillère à l’entrepreneuriat” qui anime notamment deux types de “parcours” parascolaires: le profil découverte (s’informer sur l’entrepreneuriat) ou le profil engagement (projet concret à faire avancer).  Rencontres d’entrepreneurs, pratiques de pitchs, etc.
  • Je ne suis pas certain d’avoir bien saisi la spécificité de la pédagogie entrepreneuriale.  Elle me semble très proche des méthodes actives, mais reposerait sur certaines valeurs de connaissance de soi et de création de valeur pour la communauté.
  • Il y aurait à HEC Montréal le 15 août prochain une journée de ressourcement pédagogique consacrée à l’innovation pédagogique en entrepreneuriat.  Je vais voir si je ne pourrais pas y assister.
  • D’après l’un des présentateurs, le design thinking pourrait servir à “convaincre les sciences humaines” de participer à des projets d’entrepreneuriat étudiant.
  • Bel exemple d’entrepreneuriat social axé sur les sciences humaines proposé par Alexandre Mathieu: le démarrage d’une société d’histoire locale dans un village pour valoriser le patrimoine.  Je vais le réutiliser.
  • J’ai pris la carte d’affaires de Mélissa Philippe dont le mémoire de maîtrise à l’Université Laval portait justement sur la pédagogie entrepreneuriale.

Atelier 5, 7 juin, 13 h 30: Quand l’interdisciplinarité permet d’innover dans nos pratiques pédagogiques

John-David Couturier, directeur adjoint à la Direction des études et de la vie étudiante, Collège de Rosemont
France St-Jean, enseignante, technique d’inhalothérapie (Collège de Rosemont)
Chantal Champagne, enseignante, soins infirmiers (Collège de Rosemont)
Tabata Malo, enseignante, technologie d’analyses biomédicales (Collège de Rosemont)

  • Pôle santé = six programmes: Acupuncture, Audioprothèses, Inhalothérapie, Soins infirmiers, Techniques d’analyse bio-médicales, Thanatologie.
  • Se dirigent vers une clinique-école qui fonctionnera à travers une Coop santé qui offre des services et des ateliers aux résidents du quartier pour 10 $.
  • Situations authentiques d’apprentissage similaires aux stages – permet de remplacer certains stages (pénurie)
  • Essaient même d’en arriver avec des cours conjoints (en interdisciplinarité).

Atelier 6, 7 juin, 15 h:  Pertinence et démarrage d’un “makerspace” au collégial

Samuel Fournier St-Laurent, conseiller pédagogique, Collège Ahuntsic
Joseph Issa, enseignant en mécanique du bâtiment, Collège Ahuntsic, inventeur de l’imprimante 3D Ulio

URL de La Fabrique – Ahuntsic: http://ssadp.cahuntsic.ca/fabrique/

Rachel Berthiaume, contamineuse en chef au Living Lab en innovation ouverte (LLIO), Cégep de Rivière-du-Loup

URL de Fabbulle: http://fabbulle.tech/

  • J’ai apprécié les distinctions fines entre les expressions “Hackerspace” (informatique), “Techshop” (à but lucratif), “Fablab” (communautaire), “Makerspace” (fabrication numérique en communauté fermée), “espace de coworking” (travail partagé en ouverture), “LivingLab” (sur le moyen et le long terme).  Notamment le fait que l’on ne peut simplement se déclarer “fablab”, il faut adhérer à une charte dont les valeurs communautaires sont explicites et ouvrir le lieu à la communauté élargie au mois un jour par semaine.
  • De la difficulté d’investir un espace: La Fabrique Ahuntsic occupe un espace de la bibliothèque (bonjour les plaintes de bruit!) et Fabbulles est installé dans un ancien espace de COOP étudiante qui n’était pas assez fréquenté…  Conseil de Samuel Fournier St-Laurent: “Il faut s’incruster.”
  • L’objectif à terme est d’avoir “une communauté qui fréquente un lieu” afin de “bâtir un écosystème de gens passsionnés”.  Ce n’est pas automatique.
  • Ai été impressionné de rencontrer Joseph Issa, dont je connaissais l’imprimante sans savoir qu’il s’agissait d’une innovation québécoise – une imprimante que l’on peut imprimer!.  Joli slogan que le sien: “Fabriquer, c’est apprendre.”  La formation fait partie de la philosophie Fablab.
  • Fab2020 se tiendra à Montréal.

Atelier 7, 8 juin, 8 h 30: Combattre les “fake news” avec les compétences informationnelles

Anne-Frédérique Champoux, bibliothécaire, Fédération des cégeps (a travaillé avec le Cégep du Vieux-Montréal)

  • Animatrice extrêmement dynamique et sympathique.
  • Sa présentation se basait aussi sur le référentiel de l’ACRL.
  • Affirmer qu’un internaute a tort n’est jamais une bonne façon de combattre les fausses nouvelles.
  • Essentiel de développer l’esprit critique des étudiants puisque même les sites de “fact checking” souffrent de biais…  La présentation des sites de fausses nouvelles se rapproche de plus en plus de sites professionnels.
  • Magnifique caricature de Kris Straub qui démontre le biais de confirmation.Résultats de recherche d'images pour « Kris Straub confirmation bias »
  • Distinction entre la bulle de filtre (médias sociaux qui ne renvoient que des nouvelles correspondant à nos préférences selon nos clics passés) et la chambre à échos (nos “amis” pensent comme nous), deux phénomènes que je confondais.

Panel de clôture, 8 juin, 10 h: Enjeux et compétences dans un monde en mouvement

Présentation: Alain Gosselin, professeur, gestion des ressources humaines, HEC Montréal

Réactions:
France Côté, directrice adjointe des études, Cégep Marie-Victorin
Bernard Tremblay, président-directeur général, Fédération des cégeps

Animation: David Goudreault, poète et romancier

  • “Data is the new oil.”  Le Pr Gosselin a demandé aux membres de l’assistance combien avaient une carte Inspire de la SAQ: plus de la moitié a levé la main.
  • Opportunités pour la formation supérieure dans ce monde en mouvement:
    • Formation aux adultes
    • Canada et Québec bien perçus à l’étranger
    • Personnalisation des parcours
    • Accréditation des démarches individuelles
  • Entre les pessimistes (48 % selon Pew) qui s’inquiètent devant cette “croissance sans travailleurs” et les optimistes (52 %) qui constatent les changements importants, savent qu’on a déjà traverser le même genre de crises, mais trouvent qu’on manque de temps pour s’ajuster cette fois-ci…
  • Surpris de l’entendre dire que les employeurs seront encore plus exigeants envers les employés… Est-ce que la baisse démographique ne les affecte pas?
    • Il a aussi évoqué la possibilité pour une entreprise d’envoyer des mandats dans le cyberespace avec la très grande possibilité que des travailleurs autonomes quelque part sur la planète y répondent en un très court lapse de temps… et à meilleur prix.
  • Pour la firme McKinsey, en traçant un parallèle entre la certification et la musique, on peut voir les diplômes comme des albums, alors que les “self-selected credentials” seraient l’équivalent des playlists
  • Les compétences recherchées par les employeurs comme tenu du travail où “les priorités s’accumulent”…
    • Analyse (réflexion)
    • Communication
    • Créativité
    • Gestion de soi
    • Habiletés interpersonnelles
    • Ouverture sur le monde
  • Selon M. Tremblay, 20 à 30 % des québécois ne croiraient pas à l’importance des études supérieures.  La formation tout au long de la vie serait le plus grand défi des cégeps.
  • Le Pr Gosselin met en garde contre les universités ou académies d’entreprise (Banque nationale, Ford, etc.)

Par ailleurs…

  • Lancement de la nouvelle identité visuelle de Performa.  Présence de Serge Striganuk.
  • Présence à l’AQPC du recteur de l’UdeS, diplômé du Cégep de St-Hyacinthe.  Content qu’il ait pu être témoin de ce dynamisme.
  • Discussion un midi avec un vendeur d’Intuit exposant sur place: il cherchait à faire le lien entre les employeurs et les cégeps.  Ses clients en entreprise auraient besoin de finissants qui savent utiliser QuickBooks et les solutions de comptabilité infonuagiques.  Il souhaitait donc convaincre des enseignants de collège d’enseigner ce logiciel.  Échanges sur les avantages et les difficultés qu’amènent les logiciels dans le Cloud.

 

Interne: L’Académie des transformations numériques pour le virage numérique des fonctionnaires
Camtasia se met à la collaboration
+ posts

À propos de l'auteur

Jean-Sébastien Dubé

Laisser un commentaire