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Interne : Rapport d’étonnement : Journées scientifiques du LICEF (20 ans)

En lien avec mon axe de veille sur la scénarisation pédagogique, j’ai assisté à la TÉLUQ à une partie des Journées scientifiques du Centre de recherche LICEF (Laboratoire d’informatique cognitive et environnements de formation) qui, fondé en 1992, célébrait ses vingt ans d’existence.

J’ai perçu…

  • Qu’il semble y avoir une préoccupation dans ces milieux pour revenir ou insister sur la macro-scénarisation pédagogique.  Avec le développement de modules de formation en ligne et l’emphase mise sur le microdesign d’activités pédagogiques, les intentions pédagogiques sont segmentées.  L’apprenant se retrouve dans une suite séquentielle d’activités et il arrive que l’on perde le sens général de ce qu’on souhaite lui faire apprendre.
  • Une référence intéressante à cet égard est la professeure Béatrice Pudelko, spécialiste des sciences cognitives, qui déplorait le peu de réinvestissement de ce que l’on connaît déjà, alors que l’on oublie trop souvent les leçons de la recherche au moment de développer des formations.  Pourtant, elle considère que l’on dispose  depuis longtemps de données probantes qui nous donnent des modèles robustes de ce qui fonctionne.
  • Par ailleurs, Isabelle Savard, conseillère pédagogique à la Faculté de médecine de l’Université Laval, a fait son doctorat à la TELUQ sur le fait que la scénarisation pédagogique serait un produit culturel, donc qu’elle serait culturellement codée.  Elle a tenté de développer une ontologie de ces variables culturelles.  Cela devient particulièrement important lorsque l’on développe de la formation en ligne que l’on veut attrayante à l’international.
  • Il a été beaucoup question de l’étudiant lors de ces journées, plus particulièrement de ses limites face à l’éclatement des plateformes d’apprentissage…
    • Qu’il s’agisse du pr Richard Hotte, qui mentionnait, après expérience, que le novice a besoin d’une structure.  Tant d’ouverture peut être déstabilisant pour un étudiant habitué au « tout packagé ».  “Dès que l’on dit : ‘Tu peux le trouver sur le Web’, les étudiants ont l’impression qu’on ne leur enseigne plus.’ Selon lui, il faut changer cette mentalité du « tout doit être inclus »…
    • Qu’il s’agisse de la pre Louise Sauvé, qui nous apprenait que 80 % des étudiants auraient de la difficulté à comprendre un objet d’apprentissage et qu’ils manquent de stratégies cognitives (faire des résumés, des cartes conceptuelles, etc.).  C’est pourquoi elle tente de bâtir des environnements d’apprentissage qui se personnaliseraient pour prendre compte de multiples variables comme les expériences passées, le profil d’apprentissage, etc.
    • Lors d’une table ronde sur « Les environnements de formation et l’ingénierie pédagogique aujourd’hui », la pre Josiane Basque s’est demandée s’il ne vaudrait pas mieux parler de « Pédagogie 0», plutôt que de « Pédagogie 2.0 ».  Elle exprimait par là que la tendance est de remettre tellement la responsabilité de l’apprentissage sur les épaules de l’apprenant que ce dernier risque de se retrouver rapidement en surcharge cognitive et à perdre beaucoup de temps avant de trouver la direction qu’il veut donner à son apprentissage.  Pour elle, il faut remettre la question du guidage à l’avant-scène et retrouver un équilibre entre apprentissage émergeant et apprentissage prédéterminé.
    • La consultante Françoise Crevier d’Edugénie allait dans le même sens, en affirmant qu’un environnement d’apprentissage doit être organisé et non du « spray & pray » (disséminer des connaissances et espérer que quelque chose de magique se produise).  Elle réagissait (avec d’autres panélistes) à un certain idéalisme connectiviste (Siemens, Downes) où l’on croit que l’apprentissage émergera des interactions.

Je veux approfondir…

  • L’utilisation du terme « ontologie » en informatique cognitive.  Elle était sur toutes les lèvres.  Je comprends qu’il s’agit en quelque sorte de “grammaire” d’un domaine que l’on veut modéliser, mais j’aimerais en avoir une compréhension plus fine.
  • Plusieurs éléments (Hadoop, Memcached, Restfull, Knowledge Graph, Openflow, Xen) – essentiellement des « nouveaux entrants » – présentées par Omar Cherkaoui, professeur d’informatique à l’UQAM, notamment des transformations en infonuagique alors que l’on passerait du CDN (Content Data Network) vers le NDN (Named Data Network), du Cloud Private au Common Cloud et, plus généralement, à un mouvement de retour vers la centralisation en informatique (avec les gigantesques Data Centers).  Avec évidemment la constatation que les infrastructures universitaires sont loin d’être prêtes pour ces changements.
  • J’aimerais en savoir plus sur le Centre de pédagogie appliquée en sciences de la santé (CPASS) de l’Université de Montréal.  Plusieurs des chercheurs du LICEF semblaient avoir collaboré avec eux.

J’ai été frappé…

  • Par la multitude de domaines que touche le LICEF (sécurité automobile, assistance aux personnes en perte d’autonomie, foresterie, etc.), notamment en fournissant des infrastructures et des instruments de mesure.
    • Multiples collaborations internationales, dont le projet REFRER, une nouvelle collaboration avec e-Omed (Espace numérique ouvert pour la Méditerranée) en vue de l’indexation et du partage de ressources d’enseignement et d’apprentissage à travers toute la francophonie (Nord-Sud et Sud-Sud).
  • Par le fait que s’il devient difficile à un apprenant de se retrouver dans la somme de ses apprentissages formels (de provenance variés), informels et non formels, le portfolio devient le document intégrateur qui permet de suivre les apprentissages tout au long de la vie, du primaire au monde du travail.  Or, de plus en plus, les portfolios sont pris en charge par les gouvernements.  Il sert à la recherche d’emploi, à la reconnaissance d’acquis, à bâtir une meilleure estime de soi.  C’est du moins ce qui a été discuté lors d’un Forum international à Marakesh, tel que nous l’a mentionné la pre Louise Sauvé.
  • Par l’intérêt et les dangers du mouvement des villes intelligentes (exemples de Singapour, Maher, New Songdo). La conjonction de l’informatique mobile et des environnements intelligents peut permettre de faire apprendre, d’assister des citoyens dans le besoin, de divertir, de mieux gérer les ressources et d’offrir davantage de sécurité.  Cependant, le corollaire m’apparaît un puissant appareil de contrôle des résidents d’une ville donnée.  La référence pour ce domaine est le tout nouveau (deux mois à peine) professeur Charles Gouin-Vallerand de la TELUQ (un ancien étudiant de Sherbrooke, qui a fait son doctorat en cotutelle avec Sylvain Giroux).

J’ai échangé… 
Au dîner avec deux professeurs de l’Université de Sherbrooke : Michel Aubé (Faculté d’éducation), désormais responsable de la maîtrise qualifiante en ligne, et Sylvain Giroux (Faculté des sciences, Laboratoire DOMUS).  Ce qui a fait dire à Sylvain qu’il fallait sortir de Sherbrooke pour se rencontrer.

J’ai rencontré…

  • À la recommandation d’Éric et par l’entremise du professeur Marc Couture de la TELUQ (que nous avions déjà reçu au Carrefour de l’information), j’ai pu discuté avec Josianne Basque, professeure en Technologies éducatives à la TELUQ.  Elle avait lu notre article sur les environnements d’apprentissage personnels dans le Perspectives SSF, qu’elle avait trouvé fort intéressant et particulièrement bien synthétisé.  Le Perspectives commence donc à nous faire une belle carte de visite.
  • Benny Rigaux-Bricmont, professeur au Département de marketing de la Faculté des sciences de l’administration et responsable disciplinaire à l’Université Laval.  Il a des idées très avancées quant aux liens entre plagiat et culture numérique.
  • Bruno Bouchard, jeune professeur d’informatique à l’UQAC (un autre ancien étudiant de Sylvain Giroux) qui parlait avec fierté des avancées de son institution en matière d’internationalisation, avec 600 étudiants étrangers (environ 10 % des effectifs) et des professeurs qui vont enseigner dans des universités partenaires en Chine.

Documents pertinents : Programme des journées scientifiques du LICEF

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À propos de l'auteur

Jean-Sébastien Dubé

1 commentaire

  • Merci Jean-Sébastien, fort intéressant. Je suis content de voir que le milieu a des réserves quant au connectivisme et au danger de dérive (pensée magique) de “tout est sur le web alors laissons les étudiants explorer”.

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