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Interne : Repenser le sens de la veille : confiance plutôt que surveillance

Reprise sur le blogue d’Olivier Le Deuff d’un texte de 2009. Habitué au travail de veille influencé par l’« intelligence économique » (nous dirions « veille stratégique »), l’auteur remet en question l’attitude concurrentielle qui prévôt souvent chez les veilleurs en Europe et notamment en France : « ce n’est pas de la veille type surveillance qu’il faut mettre en place, mais de la confiance et de la mise en valeur. »

Nous ne devons pas surveiller les activités dans un but d’espionnage mais dans une optique de partage de connaissances, de savoirs. Il s’agit de travailler à de la confiance mutuelle et à la mise en valeur de personnes que nous avons identifiées comme fiables et intéressantes.

Pour Le Deuff, de nouveaux outils concrétisent de nouvelles dynamiques.  « La veille change et de plus en plus ce ne sont pas seulement des mots-clés voire des sites que nous surveillons mais bel et bien des personnes. Le site Twitter[3] est l’exemple le plus flagrant de ce déplacement. » [mon emphase] Plus loin, « Dès lors, il faut sortir de la logique de la surveillance et aller dans une autre direction qui correspond davantage à l’inscription de l’individu dans un collectif qui lui permet à la fois de se valoriser personnellement (individuation) et de participer au travail collectif. »  L’auteur donne l’exemple des astronomes amateurs qui parviennent collectivement à une grande efficacité parce qu’ils élargissent d’autant leur regard.

L’autre stratégie, c’est de surveiller non pas une thématique mais tout simplement de voir les derniers signets des membres de votre réseau. Il s’agit dès lors d’identifier les personnes dignes de confiance et d’intérêt pour votre veille personnelle. Il est également intéressant de parcourir les réseaux de personnes pour découvrir ainsi de nouveaux veilleurs.

[…]

Les personnes de mon réseau twitter ne sont pas des personnes que j’espionne mais des contacts que je mets en valeur, que je distingue et dont il “faut prendre soin” d’écouter et parfois de prendre soin tout court. Désormais ce n’est pas notre seule valeur qui est prise en compte mais bel et bien la force de mobilisation de notre réseau.

Cette notion du « prendre soin » chère à Le Deuff est inspirée du philosophe de la technique Bernard Stiegler avec comme objectif de mettre en place une « culture de l’information de type citoyenne ou éducative » distincte de la Business Intelligence.

Puis le propos de Le Deuff se tourne vers l’utilisation des outils 2.0 en éducation.  Il réaffirme le besoin de ne pas simplement intégrer ces outils, mais de se servir de leur avènement pour changer l’enseignement de façon durable :

Les outils du web 2.0 tardent à être pleinement utilisés dans l’Éducation Nationale. D’autre part [sic], il me semble qu’encore une fois, c’est une logique d’adaptation qui prédomine et nullement une volonté proactive de mettre en place des stratégies pédagogiques. Pourtant, il y a urgence à s’emparer des possibilités qui s’offrent à nous. Néanmoins, derrière l’apparente simplicité, il faut être capable de songer à (ou penser la) la complexité. Mais cela ne peut se faire qu’au travers de la construction de scenarii pédagogiques, de parcours permettant l’acquisition de savoirs et de compétences et pas uniquement en « infodoc ». Il ne s’agit pas non plus de parler d’éducation 2.0 ou d’user des termes similaires qui sont en fait ridicules et qui demeurent l’apanage de consultants qui n’ont jamais exercé parfois [sic] en établissements. L’éducation demeure un concept qui ne mérite pas l’adjonction d’un quelconque 2.0, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas faire évoluer le système bien au contraire. Les portfolios, les blogs, les plateformes d’enseignement en ligne et autres wikis permettent une meilleure gestion de la trace et donc de la progression de l’élève. Cela permet une pédagogie davantage différenciée et individualisée et plus motivante.

Près de la conclusion, c’est ce même Stiegler qui est parapharasé tout en jeux de mots :  « Bernard Stiegler nous met en garde sur le fait que les nouveaux outils peuvent constituer tout autant des moyens de veiller que de sur-veiller. Il faut pour cela tout autant nous ré-veiller afin que nous ne soyons pas acteurs d’une société de surveillance mais de veille et de confiance. »

Et, en plus, l’auteur fait référence au Capitaine Flam [NDLR : héros de dessins animés de ma jeunesse] pour parler de cette nouvelle dimension plus collaborative du travail des veilleurs.  Je suis comblé.

Source :

LE DEUFF, Olivier, « Le réveil de la veille : prendre soin plutôt que de surveiller », Le guide des égarés, 27 novembre 2011  [texte initialement publié en 2009 dans Intercdi, (220), p. 66-68]

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À propos de l'auteur

Jean-Sébastien Dubé

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