Depuis fin janvier, nous en savons un peu plus sur les projets du gouvernement du Québec quant à un éventuel Campus virtuel québécois. Le projet reste à préciser, mais on peut glaner quelques éléments d’information de la couverture médiatique de ses intentions… [NDE: les gras sont les nôtres].
Le modèle prégnant de eCampus Ontario
“Le gouvernement ontarien a créé eCampus Ontario en 2015, y injectant 72 millions $ sur cinq ans. En quelques clics, l’étudiant peut consulter les 800 programmes et les 16 000 cours collégiaux et universitaires qui sont disponibles en ligne. Plusieurs cours sont reconnus par de nombreux établissements, si bien que l’étudiant, même s’il doit choisir à quel collège ou université il s’inscrit, peut sélectionner certains cours à la carte. […] Moins d’étudiants se tournent vers les cours en ligne de l’Alberta, ce qui était le cas auparavant. […] Les 25 à 34 ans sont la tranche d’âge que eCampus Ontario rejoint le plus. Ces jeunes adultes ont souvent déjà vécu une expérience universitaire dans une classe physique et ils cherchent à aller plus loin dans leurs connaissances ou à changer de branche.” (Cloutier, 2018)
La volonté de bouger rapidement… et ses possibles conséquences
“Martin Noël, directeur général de l’Université TÉLUQ, croit également que le Québec doit créer un eCampus «rapidement», afin d’éviter de perdre des étudiants, dont certains se tournent déjà vers des formations privées, ici et à l’international. «Le Québec ne s’en sortira pas s’il ne prend pas le virage», croit-il.
M. Noël salue le mouvement actuel du ministère, qui espère que la plateforme soit prête au cours de l’année 2019. «C’est ambitieux. Je pense qu’ils veulent bouger [les fonctionnaires], je pense qu’ils voient le retard avec les autres provinces.» Depuis 2002, la Colombie-Britannique, le Manitoba et l’Ontario ont tour à tour créé des campus virtuels nationaux. ” (Cloutier, 2018)
“Malheureusement, le Bureau de coopération interuniversitaire n’a pas voulu accorder d’entrevue sur le sujet, se contentant d’expliquer les grandes lignes de la plateforme par courriel. Le projet eCampus pourrait possiblement voir le jour pour la session d’été, mais Impact Campus a appris que « les travaux des différents comités n’ont pas encore débuté ». Mme Payette a ajouté que le directeur général du BCI, Claude Bédard, n’aurait pas plus d’information à communiquer et que le Ministère serait mieux outillé pour répondre aux questions. Avec le dépôt du budget en mars et les élections provinciales en novembre, le jour où la plateforme de cours virtuels eCampus verra le jour pourrait être repoussée, à la lumière des réponses offertes par le BCI.
De son côté, l’Université Laval, établissement qui pourrait grandement bénéficier du projet, « participera, par sa présence, à certains comités de travail à la demande du Ministère en plus de collaborer aux différents chantiers ».
Andrée-Anne Stewart, porte-parole de l’Université Laval, a cependant ajouté que les réflexions et les discussions avaient débuté, mais que l’UL ne détient pas une quantité d’information suffisante pour en discuter. Une autre réponse qui amène plusieurs questions quant à la mise sur pied prochaine du eCampus.” (Matte, 2018)
Une préoccupation pour la qualité de la formation
“[Jason St-Amour, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)] s’inquiète de la nature du projet. «On a beaucoup de retard, c’est vrai. Mais là, s’entendre vite sur un modèle, à quelques mois des élections, ça peut être difficile. Quand on vient révolutionner le réseau comme ça, c’est des travaux de longue haleine», dit-il.
M. St-Amour souhaite que les étudiants qui choisissent de suivre des cours en ligne aient accès aux mêmes services (orientation, aide pédagogique, etc.) que ceux qui suivent des cours en classe. La FECQ et l’UEQ soulignent également que les étudiants qui vivent dans les milieux autochtones ou en région éloignée n’ont pas tous accès à une connexion Internet haute vitesse, si bien qu’ils ne peuvent suivre ce type de cours.
Selon eux, il est primordial que le gouvernement investisse plusieurs millions de dollars dans un futur eCampus Québec afin de ne pas dégarnir les subventions actuelles aux cégeps et aux universités et de trouver un équilibre au Québec entre les cours en ligne et les cours en classe. «Il ne faut pas que le eCampus Québec, ça devienne une façon de diminuer les coûts du système universitaire. On est très ouverts aux cours en ligne, mais pas au détriment de la qualité des cours et du contact humain, qui est souvent nécessaire», indique M. Telles.” (Cloutier, 2018b)
“La ministre Hélène David s’est voulue rassurante mardi et dit vouloir recueillir l’avis des étudiants, qui seront en quelque sorte «les clients» de cette nouvelle plateforme commune. «On va s’arranger pour que les étudiants se retrouvent là-dedans, qu’ils soient consultés», indique-t-elle en entrevue téléphonique. La ministre souhaite également consulter les professeurs au cours des prochains mois.” (Cloutier, 2018b)
Une sorte de catalogue… ou davantage?
“Mme David explique que la plateforme eCampus Québec sera une sorte de catalogue de tous les cours offerts par les universités et les cégeps, un catalogue qui pourrait faire rayonner la formation québécoise à l’échelle internationale.” (Cloutier, 2018b)
“L’ampleur de cette réorganisation reste cependant à déterminer. Il pourrait s’agir d’une simple vitrine Web où seraient répertoriés tous les cours en ligne, ce qui constituerait déjà une avancée significative, mais le projet pourrait être plus ambitieux et constituer un véritable campus où les établissements collaboreraient à l’innovation et à la création de nouveaux cours virtuels.
Le modèle qui sera adopté dépendra des conclusions d’une dizaine de groupes de travail que le ministère de l’Enseignement supérieur a créés pour discuter notamment du financement de la plate-forme, du partage des revenus entre les établissements qui y offriront des cours, de la qualité de ces derniers et de la reconnaissance des acquis.” (AGEEFEP, 2018)
“..Y’a le concept même de eCampus qu’on doit préciser. Je pense que c’est la base des travaux qui s’entreprennent au cours des prochains jours à la demande de notre Ministre de l’enseignement supérieure. Et j’ai une certaine réticence à dire “toute l’offre de cours” et à parler de cours en ligne parce que vous comprendrez que pour nous on s’inscrit beaucoup dans la vision je dirais d’une “stratégie numérique”, ce que le gouvernement nous annonce. Et dans ce contexte là, oui il y a une transformation de notre offre de formation, mais cette transformation là je ne crois pas qu’il faut la voir simplement comme “rendre disponibles des cours en ligne”, mais vraiment plutôt imaginer comment utiliser les nouveaux moyens technologiques pour rendre l’expérience étudiante, je dirais plus appropriée au contexte qui évolue de nos étudiants. Donc, évidemment, des cours en présence dans des salles de classe traditionnelles, mais aussi oui des cours à distance. des cours en mode hybride […], donc vraiment imaginer utiliser les nouvelles technologies, mais d’une autre façon.” (Bernard Tremblay, cité dans Radio-Canada Côte-Nord, 2018)
Un possible véhicule pour le réseau de l’Université du Québec… et pour la TÉLUQ?
« Pourquoi ne pas miser davantage sur la formation à distance ? s’interroge Michel Umbriaco [professeur au département d’éducation de la Télé-université (TÉLUQ)] qui a participé à la fondation de la TÉLUQ. Les préjugés veulent que ce soit moins efficace que l’enseignement en présentiel, mais nos études démontrent le contraire : ça coûte moins cher et la qualité est bien meilleure. » Les sceptiques ont d’ailleurs été confondus en Ontario, au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique. Ces provinces ont créé des campus virtuels nationaux qui réunissent sur une plateforme des cours en ligne offerts par les différentes universités. Le concept a séduit le gouvernement du Québec qui contemple sérieusement l’idée de mettre sur pied un « eCampus Québec » en 2019. « En matière d’accès à l’université, rien ne bat la formation à distance, car elle rejoint les gens encore mieux; elle les atteint chez eux, au moment de leur choix. C’est une forme d’accessibilité non pas par rapport à l’espace, mais par rapport au temps », explique Gilbert Paquette, professeur et chercheur au Centre-laboratoire en informatique cognitive et environnement de formation à la TÉLUQ. (Lambert-Chan, 2018)
“La TÉLUQ, qui fait partie du réseau de l’Université du Québec et a le mandat d’offrir des cours à distance depuis 46 ans, souhaite jouer un rôle dans le futur eCampus. «On est prêts à assumer le leadership que le gouvernement voudra bien nous laisser.» M. Noël croit tout de même qu’en collaborant, tout le réseau universitaire québécois ressortira plus fort. «Il faut qu’il y ait un équilibre entre les universités, pour ne pas qu’il y en ait une qui prenne toute la place.»” (Cloutier, 2018)
Sources:
AGEEFEP (Association générale des étudiants et étudiantes de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal), “eCampus Québec : vers une réorganisation majeure des cours en ligne“, 14 février 2019
Cloutier, Patricia, “Le eCampus Québec sur les rails“, Le Soleil, 29 janvier 2018
Cloutier, Patricia, “eCampus: les étudiants inquiets“, Le Soleil, 30 janvier 2018b
Lambert-Chan, Marie, “Démocratiser l’université, une mission perpétuelle“, Québec-Science, 29 mars 2018
Matte, Samuel, “eCampus: encore au stade primaire“, Impact Campus (Journal étudiant – Université Laval), 6 février 2018
Radio-Canada Côte-Nord, “Le projet «eCampus Québec» : ami ou ennemi de nos cégeps régionaux?“, (entrevue de Michel Plourde avec Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps), Boréal 138, 31 janvier 2018 (7 min 29)

