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L’apprentissage intégré au travail est-il toujours équitable?

L’impératif d’ajouter des occasions d’apprentissage intégrées au travail (work integrated learning) à la formation universitaire se manifeste dans de nombreux pays, suscitant parfois des débats.  Ça a été notamment le cas en Australie, au Canada, en Irlande et en Grande-Bretagne…  Diverses formest d’alternance études-travail se sont également répandues dans la plupart des autres pays européens :

« Partout en Europe, l’apprentissage en milieu professionnel est devenu une caractéristique déterminante des systèmes d’enseignement professionnel et, de plus en plus, de l’enseignement supérieur… […] L’Union européenne […] n’a cessé de promouvoir l’apprentissage en milieu professionnel comme un mécanisme central pour améliorer l’employabilité et renforcer la transition entre l’éducation et le monde du travail.

Selon le Baromètre de l’éducation et de la formation de la Commission européenne, les pays dotés de systèmes de formation en alternance et d’apprentissage bien développés – tels que l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas – affichent généralement de meilleurs résultats sur le marché du travail… » (Bista, 2026)

Toutefois, les expériences d’apprentissage en milieu de travail varient énormément: « …[L]a définition des « stages » peut aller des stages rémunérés aux stages classiques, en passant par l’observation au poste de travail et les stages virtuels, qui sont généralement non rémunérés. Cela suscite des inquiétudes quant au fait que les étudiants n’ayant pas les moyens de suivre des stages non rémunérés pourraient se retrouver désavantagés. » (Rowsell, 2026; mon emphase)

Les expériences de travail-études ne sont donc pas toutes équivalentes, mais les personnes étudiantes n’ont pas non plus toujours des chances égales devant ces opportunités d’apprendre par des expériences de travail…

Des préoccupations d’équité

Lorsqu’on réfléchit à l’équité relativement à l’apprentissage intégré au travail, il faut également tenir compte qu’un nombre de plus en plus grand d’étudiantes et d’étudiants travaillent pendant leurs études. Ainsi, le HEPI Student Academic Experience Survey 2025 a révélé que 68 % des personnes étudiantes britanniques étudiant au premier cycle à temps plein exercent désormais une activité rémunérée pendant les études universitaires, ce qui aurait doublé depuis 2015. Au Québec, en 2024, 54 % des étudiantes et étudiants occupaient un emploi pendant leurs études, une proportion en hausse d’environ 12,5 points de pourcentage depuis 2006.

Ainsi, Lewis Wilson, vice-président chargé de l’enseignement supérieur au sein de l’Union nationale des étudiants de Grande-Bretagne, salue la volonté de Universities UK d’aider les personnes diplômées à intégrer le marché du travail, mais s’inquiète de leur engagement à ajouter des stages professionnels dans les cursus, expliquant qu’on ne peut pas s’attendre des étudiantes et étudiants qu’ils effectuent des stages non rémunérés dans un contexte de crise du coût de la vie: « S’attendre que des étudiants assument une charge de travail supplémentaire afin d’être plus “employables” est absolument ridicule… alors que tant d’étudiants sont déjà en difficulté en ce moment ».  Il met en doute le fait que les stages améliorent nécessairement l’employabilité, soulignant que « l’un des plus gros problèmes est qu’il n’y a tout simplement pas d’emplois disponibles » (cité dans Rowsell, 2026) [traduit avec DeepL.com, puis ajusté].

Graeme Atherton, vice-recteur adjoint chargé des relations régionales (associate pro vice-chancellor for regional engagement) à la University of West London, rappelle que les milieux d’origines socio-économiques des personnes étudiantes ont une incidence certaine sur la qualité des expériences disponibles:

« Si vous avez déjà la possibilité, grâce à votre réseau ou à votre famille, d’obtenir le genre de stage qui valorisera vraiment votre diplôme, alors… votre candidature paraîtra encore plus solide », a-t-il déclaré. [Mais] « [s]i vous venez d’un milieu où vous ne disposez d’aucun de ces contacts, l’université interviendra-t-elle pour vous dire : “D’accord, nous vous proposerons quand même un stage de qualité suffisante” ? » (Atherton, cité dans Rowsell, 2026) [traduit avec DeepL.com, puis ajusté]

Un changement structurel pour les universités

Pour Min Bahadur Bista, consultant et ancien professeur d’éducation à l’Université Tribhuvan (Népal), « [l]a révolution du « travailler tout en étudiant » n’est pas simplement une réponse à la hausse du coût de la vie. Elle représente une transformation plus profonde des relations entre le travail, le savoir et l’enseignement supérieur ».  Il s’agit selon lui d’un changement structurel de l’enseignement supérieur et les institutions n’auront pas le choix d’en tenir compte :

« La croissance du nombre d’étudiantes et étudiants qui associent études et travail marque une transition fondamentale dans l’enseignement supérieur plutôt qu’une crise temporaire. Le modèle traditionnel, qui privilégie les études (study-first model), est de plus en plus incompatible avec les réalités économiques actuelles. À sa place, l’enseignement supérieur s’organise de plus en plus autour de modèles d’apprentissage tout au long de la vie qui supposent des allers-retours répétés entre formation, emploi et reconversion en continu. » (Bista, 2026) [traduit avec DeepL.com, puis ajusté]

D’après lui, ce changement est notamment tributaire des trois facteurs suivants:

  1. La crise mondiale de l’accessibilité de l’enseignement supérieur: « Dans de nombreux pays, les frais de scolarité et le coût de la vie ont augmenté plus rapidement que les salaires, ce qui rend l’emploi indispensable pour pouvoir suivre des études. »
  2. Le scepticisme croissant quant à la valeur, sur le marché du travail, des diplômes « à caractère purement académique » : « Les employeurs recherchent de plus en plus des diplômés dotés d’une expérience pratique, d’une capacité d’adaptation et de compétences professionnelles. »
  3. L’évolution de l’identité de l’étudiant [facteur non négligeable, selon moi] : « De plus en plus, les apprenants ne se considèrent plus comme des « étudiants qui travaillent », mais comme des « travailleurs qui étudient ». Leur quotidien est rythmé par leurs obligations professionnelles, et ils s’attendent à des systèmes d’éducation qui s’adaptent à cette réalité. »
Vers un nouveau contrat social?

Si les avantages des parcours études-travail sont manifestes.  Bista se préoccupe aussi de certains risques et de certaines responsabilités partagées [citations ci-dessous traduites avec DeepL.com; mes emphases]…

  • « L’enseignement supérieur ne peut pas devenir un simple prolongement du marché du travail. Les universités doivent préserver leur mission intellectuelle et civique au sens large, tout en gagnant en flexibilité, en accessibilité et en intégration professionnelle. »
  • « Le risque existe que l’enseignement supérieur se scinde en deux filières distinctes : une filière d’arts libéraux destinée aux étudiants aisés, capables de consacrer plusieurs années à l’exploration intellectuelle, et une filière professionnelle destinée à la majorité des travailleurs, strictement axée sur la préparation au marché du travail. »
  • Le risque que « la promesse démocratique de l’enseignement supérieur s’en [trouve] affaiblie. […] Les étudiants ne doivent pas se contenter de devenir des travailleurs efficaces ; ils doivent également développer leur souplesse intellectuelle, leur esprit critique et leur conscience civique. »
  • À l’ère des IA, « [u]ne formation technique trop spécialisée risque de devenir rapidement obsolète. La valeur durable de l’université ne réside pas seulement dans la préparation des étudiants aux métiers actuels, mais aussi dans leur capacité à faire face aux transformations futures avec esprit critique et créativité. »
  • « …[L]es établissements doivent reconnaître structurellement les réalités des apprenants qui travaillent, grâce à des systèmes flexibles et adaptés au monde du travail. Les cursus universitaires devraient s’adapter aux parcours éducatifs non linéaires par le biais de systèmes modulaires, de la validation des acquis et d’un enseignement hybride.
  • « Les États et les employeurs doivent partager la responsabilité du financement de la formation en alternance. Si les employeurs bénéficient de diplômés prêts à l’emploi, ils doivent contribuer aux coûts des stages, des apprentissages et de la formation professionnelle. »
  • « …[L]es sociétés doivent reconnaître que l’apprentissage appliqué est une vocation honorable. L’intégration du travail et des études ne doit pas être considérée comme un compromis sur la qualité académique, mais comme un modèle éducatif légitime et potentiellement puissant qui fait le lien entre la théorie et la pratique. »

Bista en appelle à un nouveau « contrat social » qui offrirait « la possibilité d’un système d’enseignement supérieur plus équitable, plus résilient et plus à l’écoute des enjeux sociaux… […] En fin de compte, la légitimité future de l’enseignement supérieur pourrait dépendre de la capacité des universités à concilier participation économique et émancipation intellectuelle, plutôt que de contraindre les personnes étudiantes à choisir entre les deux. » [traduit avec DeepL.com; puis ajusté].

 

Sources:

Bista, M. B. (5 juin 2026), « ‘Earn-and-learn’ requires a major rethink in how HE operate », University World News.

Rowsell, J. (20 septembre 2026), « Work placements for all plan ‘risks widening student divisions’ », Times Higher Education.

Donner du temps aux personnes étudiantes pour être «disponibles à elles-mêmes»
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Jean-Sébastien Dubé

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