Les Rencontres bisannuelles du PPUQ se tiennent déjà depuis 2014. C’est pourtant la première fois que j’y participais. L’équipe organisatrice avait placé cette rencontre sous le thème des multiples « rôles » des professionnels en pédagogie universitaire, s’amusant à faire des liens avec le monde du théâtre, de Shakespeare à Cyrano, en passant par Juliette, Harlequin et Ti-Coq. De jolies citations nous inspiraient d’entrée de jeu: J’ai retenu « L’art est toujours une question, pas une réponse » (Edward Bond).
Voici les ateliers et la conférence auxquels j’ai participé, ainsi que ce que j’en ai retenu…
Puzzle d’experts : le numérique au service de l’apprentissage actif par Mélanie Croteau, Caroline Giroux, Geneviève Demers et Karine Turcotte de la TÉLUQ
Je confesse avoir d’abord vécu une petite déception: je croyais découvrir une nouvelle méthode pédagogique, alors que je ne savais pas ce qu’était un « puzzle d’experts » et que j’avais choisi cet atelier pour le découvrir. Qu’elle n’a pas été ma surprise de découvrir qu’il s’agit en fait de l’activité que j’ai toujours appelé jigsaw et que j’ai déjà utilisée dans un cours et dans différentes animations. En fouillant sur le web, je découvre qu’elle porte de multiples noms en français, en plus de puzzle d’experts (« classe puzzle »? « racine carrée »? « enseignement par les pairs en sous-groupes d’experts »? Vraiment?). Mais l’intérêt de l’atelier a été de nous présenter plusieurs stratégies d’apprentissage actif avec des fiches descriptives très bien faites à la clé. J’ai réussi à mettre la main sur celles expliquant l’étude de cas et le quiz interactif (il existerait apparemment une « fatigue Wooclap », comme déjà une « fatigue Powerpoint »), mais j’aurais volontiers voulu repartir avec la fiche sur la technique SCORM que je ne connaissais pas du tout… [En fait, je comprends que SCORM est plutôt « un ensemble de normes techniques […] qui permet aux contenus de formation en ligne et aux plateformes d’apprentissage (LMS) de communiquer entre eux » (Wikipédia). En fait, par cette « méthode », nos collègues de la TÉLUQ évoquaient surtout le fait pour une personne enseignant en ligne d’intégrer dans ses cours des dispositifs permettant le suivi de la progression, l’évaluation des résultats, la mesure du temps passé sur un exercice, etc.)]
J’espère que ce magnifique matériel sera bientôt rendu disponible, voire déposé sur le web en tant que ressource éducative libre (REL). L’idée de mettre des conseillers pédagogiques en action par un jigsaw (méthode pédagogique très active) à propos de différentes méthodes pédagogiques actives était tout simplement géniale par la correspondance entre la forme et le fond.
Autrement, j’ai retenu quelques statistiques fort intéressantes à propos de la TÉLUQ: leur population étudiante est composée à 74 % de femmes, l’âge moyen se situe autour de 37 ans et 29 % des personnes inscrites sont admises sur la base de l’expérience.
J’ai aussi découvert que la TÉLUQ offre le cours TED 1280: Jeu sérieux, ludification, immersion numérique et conception pédagogique, qui a l’air passionnant.
Jeu GénérationIA : développer l’agentivité à l’ère de l’intelligence artificielle par Sirléia Ferreira Rosa de l’UQAM et Catherine Bigras-Dunberry de HEC Montréal
Très très gros coup de coeur pour ce jeu né dans un « bootcamp » et entièrement déconnecté, qui « explore les enjeux de dépendance et de perte de contrôle liés à l’IA afin de renforcer l’agentivité des usagers ». Il peut être joué avec des groupes intergénérationnels, ce qui le rend extrêmement pertinent à mon humble avis. L’idée de se questionner sur le niveau auquel les uns et les autres sont prêts à laisser l’IA accomplir certaines tâches du quotidien (faire un café, décorer une maison, planifier un voyage en famille, apprendre une nouvelle langue, etc.) avant de passer à des questions relatives à la place des IA dans l’enseignement et l’apprentissage est tout simplement brillante. Les discussions de groupe nous amènent à déterminer où l’équipe se place sur l’« agentivitomètre », une échelle en pourcentage (0% – aucune implication de l’IA jusqu’à l’IA qui réalise la tâche à 100 %) permet d’échanger sur « le niveau de contrôle et de bénéfices ». Si le jeu fonctionne dans les foyers et dans une école primaire, il a été appliqué dans le cadre d’une École de printemps universitaire sur l’IAg). J’ai vraiment envie d’y jouer avec mes proches… et avec des personnes étudiantes!
Les enjeux de transition socioécologique à l’ère de l’IA – Claire Aucourt – HEC
Je n’ai pas pris de notes lors de cet atelier qui m’a pourtant touché « autrement », alors qu’il se déroulait en plein air. Constat dans l’ensemble des institutions représentées: les enjeux de la transition écologique sont en train d’être complètement éclipsés par les préoccupations des personnes enseignantes autour de l’IA. On le sent même dans l’affectation des ressources… Alors que nous « avons » brainstormé sur des façons de renverser cette tendance lourde, des collègues ont proposé d’offrir des micro-formations, de mobiliser les personnes étudiantes, de créer des réseaux d’enseignants convaincus auxquels d’autres personnes enseignantes se grefferaient progressivement, de préparer des gabarits d’activités génériques facilement adaptables selon les disciplines, etc.
Misez juste! (The Price is Wrong) – Marianne Dubé – fabrique REL
Juste un rapide clin d’oeil à mes collègues Marianne Dubé, mais aussi Marianne Morier et Félix Arguin, pour avoir animé une activité ludique qui a fait l’unanimité. Quelle belle façon de parler des ressources éducatives libres d’une manière amusante et décontractée! J’en profite plus généralement pour parler de la présence très affirmée des collègues de l’UdeS qui ont présenté un référentiel sur les compétences des conseillers pédagogiques (Félix), un atelier autour de l’agir critique relativement aux IAg (Mélanie Cabana), l’intégration des personnes étudiantes à distance (Mélodie Chauret), alors que votre humble serviteur à parlé d’intégration de récits en enseignenement.
Habiter ses rôles professionnels: présence, intention et adaptation dans l’action du conseiller pédagogique – Martine Pype-Rondeau
La conférence du mercredi matin nous a permis de rencontrer Mme Martine Pype-Rondeau, comédienne et coach de voix, qui nous proposait d’« observer comment nous entrons dans différents rôles professionnels et comment nous les habitons ». Visiblement, elle s’était préparée et avait su adapter sa présentation au public devant elle. Filant la métaphore théâtrale, elle a abordé les différents rôles qu’exercent les conseillères et conseillers pédagogiques, tels que: témoin de scène avec pour principale qualité l’écoute; partenaire de jeu qui se met en action et relance la personne enseignante; improvisateur pour notre capacité d’adaptation et metteur en scène, alors que nous avons un rôle d’influence/ guidance où l’on présente une vision sans l’imposer. La conseillère, le conseiller pédagogique doit effectivement circuler avec agilité entre ces différents rôles. Certains rôles nous sont plus faciles et Mme Pype-Rondeau nous invitait à nous appuyer dessus, mais à essayer des éléments d’un rôle qui nous est moins confortable.
La plupart des suggestions qu’elle nous a faites pourraient sembler aller d’elles-mêmes, mais le fait de les aborder par l’angle du théâtre apportait un éclairage original et riche d’enseignements. Voici quelques éléments qui m’ont frappé:
- Par exemple, l’importance de prendre le temps de respirer et de s’accorder sur le souffle de l’autre (sans le copier), puisque « la respiration annonce ce qui s’en vient » (réaction positive ou négative de l’interlocuteur).
- La force de la présence pour asseoir son sentiment de compétence, alors que « la présence, c’est ce qui se passe avant d’intervenir, avant de dire quoi que ce soit ».
- Des dimensions de la présence que l’on peut adapter à la situation vécue? Posture, Regard, Énergie, Rythme, Volume, Degré de directivité.
- Comme « partenaire de jeu », on a avantage à développer son habileté à interroger avec des questions ouvertes afin « d’ouvrir le scénario » (« Oui, et… »).
- Faire preuve d’empathie et non de sympathie (« Ne pas imiter l’émotion de l’autre, mais s’ajuster sans éteindre son idée »), afin notamment d’« entendre le blocage à venir », le cas échéant.
- Cette très jolie idée que « l’improvisation/ adaptation n’est pas une performance, c’est [plutôt] une lecture de la situation ».
- Influencer sans directivité, alors que diriger c’est « lire en continu le sentiment d’efficacité du groupe » pour qu’on ait envie de nous suivre.
- Porter, puis redonner la direction d’un groupe, alors qu’exercer un certain leadership (mettre en scène), c’est aussi savoir s’effacer et laisser le groupe répondre.
Référentiel pour la création de cours par Michelle Forest de l’ENAP
Puisque une partie importante de la clientèle de l’École nationale d’administration publique travaille dans la fonction publique, plusieurs des cours s’offrent à distance. Pour s’assurer de la qualité de ces cours, « [l]’ENAP a développé un cadre de référence composé de 13 grandes orientations réparties en 4 dimensions » [pédagogique, réglémentaire, expérience utilisateur, réussite et standards]. Il en résulte une cinquantaine d’indicateurs, ce qui m’a semblé beaucoup… On nous précise que « [c]e cadre a été développé en cohérence avec des connaissances issues de la recherche » (acronyme « CIR », que je ne connaissais pas). J’ai bien retenu que cet outil interne n’a pas un caractère prescriptif, mais qu’« [i]l sera utilisé, en premier lieu, par l’équipe pédagogique [CP, scénaristes, techniciens] et guidera l’accompagnement des professeures conceptrices et les professeurs concepteurs ». Pour l’opérationnaliser, on aimerait créer des gabarits de cours de base (coquilles) qui permettraient à la personne enseignante d’avoir déjà du matériel de qualité (conformité aux indicateurs), sans uniformité.
L’évaluation par concordance : une approche multimédia via Moodle par Sirléia Ferreira Rosa et Alexandre Bédard, de l’UQAM
Je ne connaissais pas du tout l’évaluation par concordance qui, semble-t-il, est « largement utilisée en sciences de la santé », mais que des membres de l’équipe du Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire de l’UQAM ont tenté d’adapter à des cours de gestion de projets. Dans ce type d’évaluation (formative ou sommative), « un expert présente […] un scénario évolutif » [cas vécu], les personnes étudiantes suggèrent une avenue de résolution de la situation. L’expert offre sa propre résolution et explicite son raisonnement. Qu’elles aient proposé la même réponse ou une réponse différente de celle de l’expert, l’important c’est l’analyse que font les personnes étudiantes de « l’écart entre leur réponse et celle de l’expert ». Typiquement, en sciences de la santé, les personnes étudiantes sont placées devant plusieurs diagnostics. Certains concordent, mais d’autres divergent. L’innovation proposée par l’équipe de l’UQAM repose sur l’intégration du multimédia, alors que deux experts ont été filmés, présentant des scénarios différents, ainsi que les solutions qu’ils ont apportées aux problématiques présentées. Il devient donc extrêmement lourd de filmer plusieurs experts, alors que les réponses doivent être vulgarisées et segmentées. Il me semble néanmoins qu’il s’agit d’avenues de réflexions critiques fort intéressantes, dans l’éventualité où des IAg convenablement « nourries » par divers experts pourraient exposer des problèmes et offrir différentes avenues de réponse.
Un prototype de badge du GRIIP : voulez-vous être notre ami critique? par Marie-Ève Gagnon-Paré, UQ et Michelle Forest, ENAPLa reconnaissance et la valorisation de la dimension « enseignement » de la tâche professorale ou de l’expertise pédagogiques des personnes enseignantes en général, incluant les chargés et chargées de cours, reste un enjeu pour toutes les institutions universitaires. L’idée d’un programme de badges numériques – qui permettrait notamment à une personne enseignante d’associer des réalisations pédagogiques concrètes à des badges virtuelles – est certainement intéressante. Ces badges refléteraient différents degrés de développement dans les diverses compétences du référentiel ci-dessous. J’espère de tout coeur que, si l’expérience est satisfaisante, les membres du Groupe d’intervention et d’innovation pédagogique auront envie d’élargir cette offre à l’ensemble du personnel enseignant des universités du Québec, tant il m’apparaît que de telles reconnaissances nationales sont souhaitables.
Un référentiel de compétences en enseignement universitaire pour soutenir l’auto-observation et la réflexion sur la pratique – Marina Caplain – UQAM, Claude Boucher – UQAT – Stéphanie Collard – UQAC.
J’ai parlé plus longuement de ce référentiel ici.
Récit d’un accompagnement difficile, par Caroline Sigouin et Isabelle Rivest, de l’UQAT
Une autre de mes activités coups de coeur. Nos collègues de l’UQAT nous ont fait crouler de rire, alors que les parallèles entre l’accompagnement pédagogique et un univers de contes de fées à la Donjons et dragons rejoignaient toutes les personnes dans la salle. Sans donner de détail, tous les professionnelles et professionnels de la pédagogie présents ont déjà rencontré au moins une fois un pont-levis qu’il est difficile d’abaisser… Alors qu’Isabelle racontait l’histoire « tolkienesque » (chapeau pour le ton « récit héroique »; du grand art!), Caroline « traduisait », nous expliquant ce qui s’était réallement passé… On retiendra que le soutien des équipes, des directions, le passage du temps pour que des personnes enseignantes s’ouvrent à de nouvelles perspectives pédagogiques, sont d’importants facteurs de réussite… ou de mitigation des échecs.
L’activité finale a permis de constater les talents des membres du groupe à se « revirer sur un dix cents », alors que nous étions invités à présenter nos suggestions de thématiques pour la prochaine rencontre (2028) sous forme de sketchs. C’est fou ce qu’on devient créatif, quand on a 45 minutes pour discuter et produire une présentation…
C’était ma première participation à la rencontre du PPUQ. Ce ne sera sans doute pas la dernière…

- Jean-Sébastien Dubé
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